France - Mort de Clément Méric: «C’est mon coup qui l’a fait tomber»
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FranceMort de Clément Méric: «C’est mon coup qui l’a fait tomber»

L’ex-skinhead Esteban M., responsable du décès d’un jeune militant antifasciste, s’est dit «désolé», mais affirme avoir été victime d’un «guet-apens».

L’ancien skinhead, condamné en première instance en 2018 à onze ans d’emprisonnement, encourt vingt ans de réclusion.

L’ancien skinhead, condamné en première instance en 2018 à onze ans d’emprisonnement, encourt vingt ans de réclusion.

AFP

Clément Méric «aurait pu faire tellement de choses dans sa vie»: au sixième jour de son procès en appel, l’ex-skinhead accusé de lui avoir porté des coups mortels lors d’une rixe en 2013 a assuré être «désolé», mais a maintenu qu’il s’est défendu lors d’un «guet-apens».

Le 5 juin 2013, à Paris, une bagarre éclate en pleine rue entre deux petits groupes de jeunes, skinheads et antifascistes, en marge d’une vente privée. Sept secondes fatales pour Clément Méric. Frappé au visage, le jeune de 18 ans s’effondre sur le bitume.

«C’est mon coup de poing qui l’a fait tomber», a reconnu mardi Esteban M. devant la Cour d’assises de l’Essonne. «C’est quelque chose qui me désole énormément, il aurait pu faire tellement de choses dans sa vie, c’est vraiment horrible», ajoute l’homme aujourd’hui âgé de 28 ans, qui a fait recouvrir ses tatouages nazis.

«Frappé par réflexe»

La carrure imposante sous son costume sombre, les cheveux attachés en queue de cheval, Esteban M. assure avoir «frappé par réflexe», s’estimant «attaqué». «On est d’accord que Clément Méric ne vous a porté aucun coup ?», lui demande l’avocate de la famille, Cosima Ouhioun. «Il a essayé», répond l’ancien skinhead, 20 ans au moment des faits. «Je l’ai vu s’avancer et par réflexe je l’ai frappé. J’étais encerclé.»

Esteban M. reconnaît deux coups portés à Clément Méric. D’abord pour «se dégager» alors que le militant antifasciste était «au milieu». Puis quand il voit Clément Méric «prêt à (le) frapper», derrière lui. Cette fois, la victime tombe.

Il encourt vingt ans de réclusion

«Pourquoi le frappez-vous au visage? C’est dangereux... Pourquoi vous ne mettez pas plutôt des coups de pied pour le repousser?», l’interroge Me Ouhioun. «J’essayais de me débattre, je ne faisais pas attention à où je frappais», se défend l’accusé.

Condamné en première instance en 2018 à onze ans d’emprisonnement pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Esteban M. a fait appel. Dans ce nouveau procès, l’ancien skinhead, aujourd’hui marié, encourt vingt ans de réclusion.

Plaies infligées avec «un objet»

Depuis le début des audiences, la Cour a cherché à déterminer les circonstances du drame, notamment ce qui avait déclenché l’affrontement. De nombreuses incertitudes persistent.

L’usage d’un poing américain par exemple: des expertises médicales des blessures de Clément Méric mentionnent des plaies infligées avec «un objet», mais ne peuvent certifier qu’il s’agissait d’un poing américain. Pourtant, des témoins, sans lien avec les protagonistes de l’affaire, rapportent avoir vu Esteban M. en porter un.

Ce jour-là, Esteban M. est appelé par un autre skinhead, Samuel Dufour, lui aussi jugé en appel pour la mort de Clément Méric. «Il semblait stressé. Il m’a dit qu’il y avait des problèmes» avec des militants antifascistes, à une vente de la marque Fred Perry, se souvient Esteban M.

Une menace toute relative

Ce dernier s’y rend sans intention belliqueuse, assure-t-il. Sur place, ses camarades lui montrent depuis l’immeuble des militants antifascistes «qui les avaient menacés» et les «attendaient» dans la rue. Une «menace somme toute très relative», tacle l’avocat général, mentionnant la mince corpulence de Clément Méric.

«Ils étaient plus nombreux, lui rétorque Esteban M. On avait peur. On les voyait le téléphone à l’oreille, on ne savait pas s’ils appelaient des gens, s’il y en avait d’autres dans les rues» alentour. «C’était un guet-apens», insiste-t-il.

J’ai vu la menace. Alors j’y suis allé pour calmer les choses

Esteban M., responsable de la mort de Clément Méric

Jeudi dernier, un témoin a expliqué qu’il avait conseillé aux skinheads de sortir par la droite pour éviter toute rencontre. Mais ces derniers sont partis à gauche. Aujourd’hui, Esteban M. explique ce choix par une méconnaissance de Paris, et non par une volonté d’en découdre.

Dehors, c’est d’ailleurs Clément Méric qui les insulte en premier, assure Esteban M. «J’ai vu la menace. Je ne voulais pas qu’on se fasse courser ensuite. Alors j’y suis allé pour calmer les choses», martèle-t-il. «Manifestement, ça a été efficace», ironise le président.

(AFPE)

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