Mort de Marulanda: impact difficile à évaluer
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Mort de Marulanda: impact difficile à évaluer

La mort de Manuel Marulanda, ajoutée aux récents revers militaires essuyés par les FARC, fait s'interroger les Colombiens sur l'éventualité d'un changement d'attitude du plus vieux mouvement de guérilla latino-américain.

En particulier, ils se demandent si le groupe va accepter les conditions posées par Bogota pour un échange de prisonniers. «La fin des FARC est en vue», a avancé dimanche le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos, après qu'un haut responsable des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) eut confirmé le décès de Marulanda, alias «Tirofijo» (la gâchette), âgé de 78 ou 80 ans, fondateur et numéro un du groupe armé, qui aurait succombé à une crise cardiaque le 26 mars.

«Nous sommes en train de gagner mais nous n'avons pas encore gagné», a cru bon de préciser M. Santos, appelant la guérilla à déposer les armes et ouvrir des négociations de paix.

Fidèles à leur ligne de défiance, les FARC, qui compteraient 9.000 hommes dans leurs rangs selon l'armée, ont exclu de renoncer à leur lutte.

«Nous continuerons notre travail», a averti le commandant rebelle Timoleon Jimenez, alias «Timochenko», dans un enregistrement vidéo. Il s'est dit «profondément optimiste dans notre marche en avant, en dépit de cette adversité».

Selon lui, les FARC restent engagés dans «la lutte pour le pouvoir politique, la lutte pour une société juste socialement et la lutte pour le socialisme».

En mars, le numéro deux et porte-parole du mouvement, Raul Reyes, et un autre des sept membres du secrétariat des FARC, avaient trouvé la mort lors d'une incursion de l'armée colombienne en territoire équatorien. Le week-end dernier, la guérilla enregistrait un autre coup dur avec la défection d'une de ses dirigeantes.

Malgré cette mauvaise passe, ce groupe d'inspiration marxiste, considéré comme terroriste tant par Washington que par l'Union européenne, demeure une force majeure en Colombie.

Toute nouvelle orientation des FARC devrait dépendre d'Alfonso Cano, l'idéologue du mouvement, un homme portant barbe et lunettes, qui vient d'être porté à sa tête.

De l'avis d'Adam Isacson, spécialiste de la Colombie au Centre de politique étrangère (CIP) à Washington, la guérilla se trouve aujourd'hui «à la croisée des chemins».

«Ces six dernières années, rien de nouveau n'est intervenu en matière de stratégie politique», constate-t-il. «Difficile de dire quelle direction les FARC vont choisir, mais il semble certain qu'il y aura une nouvelle orientation.»

Adam Isacson voit sous un angle positif le fait que la direction des FARC n'ait pas désigné à sa tête un membre de sa branche militaire, présentée comme plus réticente au principe de négociations.

Cano, de son vrai nom Guillermo Saenz Vargas, a étudié l'anthropologie dans une prestigieuse université colombienne avant de rejoindre les Jeunesses communistes. Agé d'une cinquantaine d'années, il a intégré les rangs des FARC à la fin des années 70 puis a dirigé la branche politique clandestine du mouvement, le Parti communiste clandestin de Colombie, dès sa création en 2000.

Juan Manuel Santos a exprimé l'espoir que le nouveau chef des FARC soit plus enclin à négocier que son prédécesseur. «C'est un message adressé à Alfonso Cano», a-t-il dit dimanche. «Le gouvernement a toujours maintenu ouverte la porte de la paix.»

Le gouvernement du président Alvaro Uribe a néanmoins refusé la démilitarisation territoriale exigée par les rebelles pour procéder à un échange de prisonniers, dans le cadre d'un accord humanitaire.

Les FARC ont en revanche libéré unilatéralement six otages en janvier et février, à l'issue d'une médiation du président vénézuélien Hugo Chavez. Mais ils ont depuis averti qu'aucune autre libération n'aurait lieu si leur demande n'est pas entendue.

Selon Bogota, les FARC détiennent 700 otages, parmi lesquels trois Américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, dont la mère et la soeur ont lancé dimanche un appel à Alfonso Cano, «homme illustre et progressiste», pour qu'il libère l'ex-candidate à la présidentielle et trois autres civils colombiens.

«Le fait que les FARC aient désigné Alfonso Cano, davantage issu de la ligne politique que de la branche armée, nous paraît être le signal de leur volonté d'emprunter le chemin (de la négociation)», a résumé lundi la soeur de la captive, Astrid Betancourt, dans un entretien à l'Associated Press. (ap)

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