Conflit gazier: Moscou cesse les livraisons de gaz à l'Ukraine
Actualisé

Conflit gazierMoscou cesse les livraisons de gaz à l'Ukraine

La Russie a annoncé jeudi l'arrêt des livraisons de gaz à l'Ukraine après l'échec de négociations entre les compagnies gazières des deux pays. Situation qui force l'Europe à s'interroger sur sa sécurité énergétique, car ses approvisionnements transitent par l'Ukraine.

«Les livraisons de gaz ont été entièrement arrêtées à 10h00» (08h00 en SUisse), a déclaré à la presse un porte-parole de Gazprom. Il a néanmoins assuré que les livraisons à l'Union européenne, dont 80 % transitent par l'Ukraine, étaient maintenues: «le transit vers l'Europe continue avec un volume de 300 millions de mètres cubes par jour».

La société énergétique ukrainienne Naftogaz a aussi promis que le transit de cet hydrocarbure vers l'Europe était maintenu. «Nous respectons nos engagements concernant le transit du gaz vers l'Europe. Aucun prélèvement n'a lieu», a indiqué le porte-parole de Naftogaz, Valentin Zemlianski.

Appel de l'UE

Lors de la précédente crise gazière russo-ukrainienne en janvier 2006, les approvisionnements de l'Europe avaient été affectés. Moscou accusait Kiev de siphonner le gaz transitant par l'Ukraine. La Russie fournit environ un quart du gaz consommé en Union européenne et compte pour 40 % des importations de l'UE.

La présidence tchèque de l'Union européenne et la Commission européenne ont appelé jeudi à la poursuite des «négociations et à trouver rapidement une issue positive afin que la fourniture de gaz à l'Europe ne soit pas affectée». Les Etats-Unis ont aussi appelé jeudi la Russie et l'Ukraine à négocier pour résoudre leur différend.

L'Allemagne, la Pologne et l'Italie, trois consommateurs de gaz russe, ont indiqué jeudi qu'aucune baisse de leurs approvisionnements n'avait été constatée pour l'instant.

Guère de conséquences en Suisse

La crise ne compromet pas la distribution de gaz en Suisse, qui n'a pas de contrat direct avec des compagnies russes, a expliqué pour sa part l'Association suisse de l'industrie gazière (ASIG). La majeure partie des importations sont assurées par la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Italie.

Cependant, 15 à 20 % du gaz européen qui termine sa course en Suisse proviennent de Russie. Mais ce gaz est livré par la plus grande entreprise gazière allemande, qui peut, au besoin, compenser un manque de gaz en s'appuyant sur sa propre production et d'autres sources étrangères, affirme l'ASIG.

Kiev a indiqué disposer de réserves suffisantes pour tenir l'hiver, et qu'aucune conséquence négative suite à l'arrêt des livraisons russes n'avait été constatée jeudi. La Russie avait averti que les livraisons seraient coupées jeudi si Kiev ne réglait pas la totalité de sa dette gazière le 31 décembre, afin de signer un nouveau contrat pour 2009.

Le groupe russe réclamait le paiement de plus de deux milliards de dollars d'arriérés avant de parapher ce nouvel accord, or Kiev n'a payé qu'environ 1,5 milliard. Les deux parties n'ont pas non plus pu se mettre d'accord sur le prix du gaz à l'Ukraine pour 2009.

Poursuivre les négociations

Gazprom a affirmé jeudi que son groupe souhaitait la «poursuite des négociations». La veille, l'Ukraine avait appelé Moscou à «reprendre immédiatement» les pourparlers mais avec la participation de la Commission européenne.

Un conseiller du premier ministre ukrainien a estimé que le règlement du conflit gazier et la signature d'un contrat de livraison pour 2009 pourraient intervenir d'ici au Noël orthodoxe le 7 janvier.

Gazprom a proposé pour 2009 un tarif de 250 dollars pour 1000 mètres cubes, un prix bien plus élevé que celui payé en 2008 par l'Ukraine (179,50 dollars), mais environ moitié plus bas que celui payé par les pays européens.

L'Ukraine a suggéré de son côté un tarif de 201 dollars. Kiev propose parallèlement un relèvement des frais de transit dont s'acquitte la Russie pour le gaz acheminé via l'Ukraine vers les marchés européens.

(ap)

Ton opinion