Historique: N'oublions jamais le Vél'd'Hiv'
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HistoriqueN'oublions jamais le Vél'd'Hiv'

Une bonne cause ne suffit pas à faire un bon film. «La rafle» en est l'illustration exemplaire.

par
Fred Ferrari

Alors qu'une initiative a été lancée en France pour que le film de Roselyne Bosch soit accessible à des tarifs préférentiels pour les élèves et les enseignants, il convient de faire la part des choses: «La rafle», comme jadis un «Cry Freedom» de Richard Attenbo­rough sur l'apartheid, a le mérite de faire œuvre de mémoire.

N'oublions pas que toute une génération ignore ce que fut la rafle du Vél'd'Hiv', organisée les 16 et 17 juillet 1942. A ceux-là il est bon de rappeler comment la France de Pétain se livra à un véritable marchandage avec les nazis, pour aboutir à la plus grande arrestation massive de juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale. Comme il est bon de rappeler qu'il y eut des justes qui tentèrent d'arracher des mains des nazis ceux qui pouvaient l'être, ou d'accompagner les autres...

Mais ce travail de mémoire ne fait pas de «La rafle» un grand film. Comme gênée aux entournures par le souci de respect et de pondération, sa mise en scène n'a rien d'original. Certes la reconstitution historique est un modèle du genre, tout comme le souci de nuancer les personnages, pas tous des héros, pas tous des salauds. Et les comédiens prennent leur rôle très au sérieux. Mais, pour permettre aux jeunes dès 12 ans de voir le film, la réalisatrice évite toute scène qui pourrait choquer. Cela malgré le texte d'ouverture, qui sonne comme un mise en garde sur les scènes d'atrocités qui vont suivre.

Résolument illustratif et didactique, «La rafle» n'atteint jamais la puissance évocatrice de «Shoah», le documentaire fleuve (dix heures) de Claude Lanzmann, qu'on ferait bien de voir ou revoir en parallèle.

Bande-annonce

La rafle

De Roselyne Bosch

Avec Jean Reno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh, Sylvie Testud

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Une séquence à couper le souffle

Le Vél’d’Hiv n’existe plus, il a été détruit en 1959. Il a donc fallu le reconstituer pour les besoins du film. A partir de plus de 700 photographies de manifestations sportives qui y eurent lieu, la production a reconstruit un quart du vélodrome, haut d’une cinquantaine de mètres, et y a placé 500 figurants. Le tout a été dupliqué par effets numériques en postproduction. Résultat: époustouflant, étouffant, miasmatique, délétère. Les quelques scènes dans lesquelles on voit les 13 152 juifs, dont 4115 enfants, amassés là comme­ dans une antichambre de la mort sont les plus émouvantes du film.

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