Naples toujours au coeur de la polémique
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Naples toujours au coeur de la polémique

Partisan d'une ligne dure pour résoudre la crise des déchets à Naples, Silvio Berlusconi est confronté à une fronde populaire emmenée par des maires hostiles à l'ouverture de décharges dans leurs communes.

Des heurts ce week-end avec la police ont fait une dizaine de blessés.

«L'Etat ne peut pas céder, le problème des déchets doit être résolu. Et pour cela, il ne faut pas reculer, pas d'un centimètre», a affirmé samedi le chef du gouvernement, qui affronte sa première épreuve de force deux semaines seulement après sa prestation de serment.

Depuis vendredi, jour et nuit, des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants de Chiaiano, un quartier au nord-ouest de Naples, bloquent l'accès à d'anciennes carrières que le gouvernement a réquisitionnées par décret, avec neuf autres sites, pour les transformer en décharges.

35 000 tonnes dans les rues

Douze personnes, dont deux carabiniers, ont été blessées vendredi et samedi dans des heurts parfois violents avec les forces de l'ordre. La police a fait état de jets de cocktails Molotov. Trois manifestants accusés de violences envers les forces de l'ordre ont été assignés à résidence et seront jugés début juin.

Quelque 35 000 tonnes d'ordures sont encore accumulées dans les rues des villes de Campanie, dont 600 tonnes à Naples. Les pompiers ont indiqué dimanche matin être intervenus plus de trente fois depuis samedi soir pour éteindre des feux de tas de poubelles allumés par des habitants excédés.

Ce «bras de fer entre l'Etat et un quartier», comme le souligne «La Repubblica» (gauche), «met en péril le défi lancé par Berlusconi» de résoudre la crise et pourrait faire des habitants révoltés, «des symboles nationaux de résistance à une classe politique autoritaire et qui a été incapable de trouver des solutions efficaces en 14 ans de crise».

Pas de consultation

«Nous réclamons juste le droit de pouvoir gouverner sur nos territoires. Ces décisions ont été prises par-dessus nos têtes, nous n'avons pas été consultés, c'est ça le problème», a déclaré dimanche à l'AFP Massimo Nuvoletti, maire-adjoint de Marano, une commune de gauche limitrophe de Chiaiano.

Plusieurs autres maires, à Serre et à Terzigno notamment, dont les localités pâtissent depuis près de quinze ans de la crise des déchets, refusent d'accueillir sur leurs terres des décharges importantes.

Les responsables des dix communes désignées par le décret ont été longuement reçus dimanche en fin de journée à Naples par le tout nouveau secrétaire d'Etat chargé de résoudre la crise des ordures, Guido Bertolaso.

«Nous avons eu une discussion franche et avons exposé à M. Bertolaso notre perplexité quant au choix du site nous concernant. Nous nous sommes donné rendez-vous dans dix jours, il a promis de venir se rendre compte par lui-même de la situation», a déclaré le maire de Serre, Palmiro Cornetta, qui a dit avoir l'esprit «plus serein».

Zones militaires

Concernant Chiaiano, les représentants de la commune et ceux de l'Etat sont tombés d'accord pour nommer chacun de leur côté des experts qui vont étudier parallèlement la faisabilité de la décharge, en procédant à des repérages et des analyses dès mardi, selon l'agence Ansa.

Le gouvernement a adopté mercredi lors d'un conseil des ministres symboliquement réuni à Naples, un arsenal de mesures pour résoudre la crise des déchets. Parmi elles figurent la «militarisation» des sites choisis pour être transformés en décharges et des sanctions pénales allant jusqu'à l'incarcération pour les personnes qui s'opposeraient à ces décisions.

A droite comme à gauche, on dit comprendre l'hostilité des riverains à l'ouverture de ces décharges, tout en jugeant la mesure préférable à l'accumulation des ordures sur les trottoirs.

(ats)

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