Eeaux usées: Nappe phréatique menacée par les canalisations
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Eeaux uséesNappe phréatique menacée par les canalisations

En Suisse, les canalisations privées pour les eaux usées représentent 42'000 kilomètres, soit plus que le tour de la Terre, selon des estimations prudentes.

Plus de la moitié des canalisations privées sont défectueuses, en Suisse. Des eaux usées arrivent donc dans la nappe phréatique et menacent l'eau potable.

Pourtant, bien des propriétaires rechignent à assainir leurs canalisations. Ce n'est que lorsque l'eau sale pénètre dans leur cave qu'ils réagissent, alors qu'auparavant elle a suinté dans le sol durant des années, voire même des décennies.

«Le potentiel d'assainissement est énorme», affirment les auteurs d'une étude portant sur 8700 maisons dans huit communes du canton de Zurich. Elle a été réalisée sur mandat de l'Office cantonal des déchets, de l'eau, de l'énergie et de l'air. Deux tiers des conduites ont besoin d'être assainies.

Mais l'opération n'est pas bon marché: en comptant large, les experts estiment les coûts à 400 francs par mètre de canalisation. Aussi, les auteurs de l'étude s'attendent à une certaine résistance de la part des propriétaires de maisons.

Manque d'information

Pour convaincre les propriétaires de procéder à un assainissement, les experts misent sur l'information. Les auteurs de l'étude zurichoise proposent ainsi que lors d'un renouvellement du réseau de canalisations publiques, les canalisations des maisons qui y sont reliées soient intégrées de manière rigoureuse dans le projet.

L'octroi des permis de construire devrait en outre dépendre d'un drainage correct du terrain. De nombreuses communes devraient introduire cette clause, jugent les experts.

Double choc

Lorsque des propriétaires doivent assainir une canalisation en raison d'une demande de permis de construire, ils vivent souvent un double choc, explique Hans Ulrich Gränicher, ingénieur en construction et expert en canalisations, interrogé par l'ATS. «D'abord lorsqu'ils apprennent l'état des canalisations, et ensuite lorsqu'ils sont informés sur les coûts».

Mais des arguments comme la protection de l'environnement et la menace qui pèse sur l'eau potable convainquent les propriétaires dans la plupart des cas, relève le spécialiste.

Réaction nécessaire

En Suisse, il n'existe pas de chiffres précis sur les infrastructures des eaux usées. Max Maurer, de l'Eawag, l'Institut de recherche de l'eau du domaine des Ecoles polytechniques fédérales (EPF), estime que les canalisations privées «comportent de nombreux dégâts», mais que «la situation n'est pas catastrophique, pour autant que l'on réagisse rapidement».

«Si l'on ne prend pas maintenant les choses en main, de méchantes surprises menacent», avertit M. Maurer. Sur les conséquences de canalisations défectueuses, l'état des connaissances est toutefois misérable. On ignore quelle proportion d'eau s'échappe des conduites, mais on l'estime entre 5 et 10%, précise l'expert. Selon lui, les contrôles de l'eau potable sont souvent insuffisants.

Assurer la qualité de l'eau potable n'est pas coûteux quand on réagit rapidement. Les grandes villes gèrent systématiquement le problème, mais les petites communes sont souvent dépassées dans ce domaine et peinent à prendre à temps les mesures d'assainissement nécessaires.

L'association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) conseille aux communes de prendre en charge les coûts de l'inventaire. Les frais de rénovation doivent en revanche être imputés aux propriétaires.

Selon Max Maurer, de l'Eawag, les réticences des propriétaires à assainir des canalisations défectueuses diminuent si on leur donne des informations suffisantes et claires. Son expérience montre que les propriétaires «prennent alors tout à fait leurs responsabilités».

(ats)

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