Actualisé 01.11.2018 à 11:04

Genève

Natel, taxi, alcool: les frais bling bling de Barazzone

La Cour des comptes a audité les frais professionnels du Conseil administratif de la Ville. Les élus en prennent pour leur grade.

de
Jérôme Faas
L'audit de la Cour des comptes est particulièrement sévère à l'encontre de Guillaume Barazzone, conseiller administratif PDC de la Ville de Genève.

L'audit de la Cour des comptes est particulièrement sévère à l'encontre de Guillaume Barazzone, conseiller administratif PDC de la Ville de Genève.

Keystone

Des dépenses téléphoniques pharaoniques, une centaine de trajets nocturnes en taxi, des achats d'alcool, tous remboursés par la ville de Genève: la conduite du conseiller administratif Guillaume Barazzone en 2017 illustre presque à elle seule le rapport de la Cour des comptes rendu public ce jeudi. Portant sur les frais professionnels de l'Exécutif et des directeurs de la Municipalité, le rapport est assassin. Les juges parlent ainsi d'une «organisation opaque couplée à une exemplarité défaillante».

Véritable symbole de la légèreté des mis en cause, Guillaume Barazzone cumule les mauvais points. Il l'a d'ailleurs admis en creux en remboursant près de 30'000 francs (dont 23'000 fr. de téléphonie) à la Ville en septembre. Et pour cause, l'élu PDC avait facturé 12'944 fr. de téléphonie mobile en 2016 et 17'011 fr. en 2017, hors abonnement (alors que ses quatre collègues ont présenté des notes de 3000 fr. en moyenne). Il a aussi fait passer en frais professionnels pour 3942 francs de courses de taxi en 2017, certaines effectuées de nuit, depuis et vers des adresses privées. Et c'est toujours la nuit, notamment le week-end, qu'il a facturé des frais de bouche, repas, alcools forts ou bouteilles de champagne de prestige.

Pour certaines de ces dépenses privées ou en «zone grise», Guillaume Barazzone a plaidé l'erreur, expliquant que ses cartes de crédit privées et professionnelles se ressemblaient beaucoup et partageaient le même code PIN. Les juges ont été surpris. «La Cour s'interroge quant à la nature réelle de ces «erreurs» et «zones grises» qui illustrent une forte négligence (...).»

Alder et Pagani épinglés

D'autres conseillers administratifs sont griffés par les auditeurs. La Verte Esther Alder a aussi fait un usage intensif du taxi en 2017. Elle a facturé plus d'une centaine de trajets, pour 3014 fr., entre son domicile et son bureau ou d'autres lieux, en pleine journée. Et ce, sans pouvoir expliquer l'objet de ces déplacements, alors que la Ville lui paie déjà un abonnement TPG et une place de parking couverte pour son véhicule privé. Ce même garage est aussi reproché à Rémy Pagani, d'Ensemble à Gauche, qui utilise un moyen de transport autre que la voiture et fourni par la Ville pour se rendre au travail.

Lieux touristiques

Le rapport fait enfin état de deux conseillers administratifs, impossibles à identifier, qui ont facturé à la Ville des repas avec des tiers inconnus dans des lieux touristiques à l'étranger ou des buvettes de plage – «des lieux inhabituels pour la fonction», relève la Cour.

L'exemplarité mise à mal

D'une manière générale, les magistrats déplorent un cadre réglementaire lacunaire en matière de frais professionnels. Ceux-ci ne répondent à aucune définition, et aucune limite par type de dépenses n'a été fixée. La Cour souligne aussi l'absence de contrôle quant au bien-fondé des frais professionnels des élus. Leurs écarts peuvent avoir un effet dévastateur sur l'administration. «C'est la notion d'exemplarité qui est au cœur du problème, et dès que celle-ci n'est plus garantie, non seulement les risques de généralisation des mauvaises pratiques augmentent, mais cela risque aussi d'entraîner une démotivation des collaborateurs (...) et, par conséquent, de la qualité des prestations.» Or, assènent les juges, «le bon usage des deniers publics n'est visiblement pas, pour certains conseillers administratifs et une minorité de membres de la direction, le principe cardinal guidant systématiquement ces dépenses.»

Grosses rémunérations

En 2017, le traitement annuel brut des conseillers administratifs genevois atteignait 253'923 francs. S'y additionnent diverses prestations selon les besoins (places de parking, abonnements TPG ou CFF, abonnements téléphoniques, accès aux voitures avec chauffeurs, etc.). Ces élus perçoivent en outre 5000 fr. d'indemnité de voiture et 7000 fr. d'indemnité de représentation. S'y ajoute une indemnité téléphonique de 1200 fr. pour leur raccordement à domicile. Le maire perçoit en sus une indemnité de 6500 fr. Par ailleurs, les frais professionnels effectifs des magistrats sont remboursés. Et lors des déplacements officiels, ils bénéficient d'un forfait de 190 fr. par jour en Suisse (hors canton) et de 270 fr. à l'étranger.

Transparence refusée

Les juges se disent sceptiques quant à la réelle volonté de changement de l'exécutif de la Ville, qui n'aurait pas pris pleinement la mesure des dysfonctionnements. Pour preuve, ils déplorent le rejet par le collège de trois recommandations sur onze, notamment celle sur la transparence. La Cour préconisait que le Conseil administratif publie tous les ans la rémunération de ses membres, et pour chacun d'eux les autres prestations reçues (parkings, abonnements, etc.) et le montant annuel des frais professionnels forfaitaires et effectifs. Refus de l'exécutif, qui pourrait accepter cette recommandation dans la mesure où tous les exécutifs genevois y seraient soumis. Ce qui n'est justement pas le cas.

Mairie peu coopérative

Fait inhabituel, la Cour des comptes souligne le climat tendu dans lequel s'est déroulé son travail, parsemé de nombreux freins et oppositions. Ainsi, les juges se sont dans un premier temps vu refuser l'accès aux données comptables et ont été empêchés de vérifier la conformité de certaines dépenses. Le Conseil administratif a aussi tenté d'imposer la présence d'un avocat lors de tous les entretiens, une demande sans précédent qui a été fermement rejetée par la Cour.

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