Actualisé 31.03.2017 à 19:05

France

Négociations apaisées après les excuses

La ministre de l'Outre-mer a officiellement présenté jeudi ses «excuses» pour des années de sous-investissement de Paris en Guyane.

Les excuses présentées par la ministre française des Outre-mer Ericka Bareigts ont radicalement changé la donne en Guyane. Après bientôt deux semaines de conflit social, les négociations se sont poursuivies dans le calme et l'apaisement vendredi à Cayenne.

Le contraste avec la journée de jeudi ne pouvait être plus saisissant. Des centaines de personnes avaient alors bravé des heures durant une pluie battante pour hurler leur méfiance et leur «détermination» face à la préfecture de la Guyane, où Mme Bareigts et le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl ont reçu dans l'après-midi leurs représentants. Vendredi matin, un petit rayon de soleil éclairait les visages de quelques dizaines d'Amérindiens vêtus de rouge, certains portant des chapeaux à plumes, d'autres des habits traditionnels, qui étaient calmement rassemblés devant le bâtiment administratif. Les barrages restaient toutefois en place en Guyane et nombre de magasins étaient fermés.

«On n'a rien obtenu, mais on a purgé de l'émotionnel. On a retrouvé une certaine dignité, un supplément d'âme», a résumé Stéphane Lambert, le président du Medef de Guyane, qui soutient le mouvement.

«Les conditions de la confiance sont là», s'est félicité jeudi soir Matthias Fekl, qui a rendu vendredi visite aux policiers et gendarmes basés à Cayenne pour saluer leur «implication», selon son entourage. «Il s'est passé quelque chose de fort», a encore estimé M. Fekl, en référence aux excuses adressées au peuple guyanais.

Sous-investissement de Paris

Alors que les discussions avaient commencé dans une ambiance hostile, la ministre, critiquée pour avoir tardé à venir en Guyane, s'est d'abord excusée jeudi devant une délégation de Guyanais. Puis, juchée sur le balcon de la préfecture, un mégaphone à la main, elle s'est adressée à la foule.

«Au bout de tant d'années, c'est à moi que revient l'honneur de dire, au-delà de ma petite personne, au-delà des fonctions, toutes mes excuses au peuple guyanais», a-t-elle lancé, en référence à des années de sous-investissement de Paris dans ce territoire.

Cette demande de pardon, «nécessaire», permet d'«établir un dialogue serein et apaisé», relevait quelques heures plus tard Gauthier Horth, un opérateur minier.

Humilité et bon sens

Mickaël Mansé, un porte-parole des «500 frères contre la délinquance», dont les militants, toujours encagoulés, encadrent le mouvement social, a salué «une leçon d'humilité et de bon sens», sur Guyane première. Ericka Bareigts a «blessé le peuple» et a eu «assez de recul pour s'excuser», a-t-il poursuivi.

«Nous devons absolument être dans le rattrapage» sur les questions de l'électricité, du logement, du foncier, de la richesse ou encore de la jeunesse, a encore énuméré Mme Bareigts. La ministre a souhaité «signer (des) mesures, pour qu'aucune élection n'arrête la progression dans laquelle nous sommes» pour la Guyane.

L'exécutif a déjà validé un certain nombre de décisions, telle la création d'un Tribunal de grande instance et d'un centre pénitentiaire à Saint-Laurent du Maroni, la deuxième ville du territoire. La fidélisation d'un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne, et une aide de fonctionnement exceptionnelle de 20 millions d'euros l'hôpital de Cayenne ont également été actées.

Plus de 400 pages de propositions

Vendredi, la ministre des Outre-mer a promis des «retours très concrets» en termes de santé et d'éducation aux Amérindiens qu'elle recevait. Alors que plus de 400 pages de propositions ont été apportées aux deux membres du gouvernement par la délégation de Guyanais, une «veille ministérielle» a été mise en place à Paris pour «parvenir à des arbitrages», selon M. Fekl.

La Guyane, vaste territoire français d'Amérique du Sud (83'000 km2) situé à 7000 km de Paris, connaît depuis une dizaine de jours un mouvement de contestation d'une ampleur historique. En cause: des revendications sécuritaires, économiques et sociales. Mardi, ce département a connu «la plus grosse manifestation de son histoire», de l'aveu même de la préfecture, avec près de 15'000 marcheurs sur une population de 250'000 habitants. L'Union des travailleurs guyanais (UTG) avait voté samedi à la quasi-unanimité la grève générale illimitée qui a commencé lundi. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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