Cyclisme: Netflix s’incruste au Tour de France

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CyclismeNetflix s’incruste au Tour de France

Après la F1, le géant américain s’intéresse à la Grande Boucle et filme le quotidien de huit équipes sur l’édition 2022. Plongée dans les coulisses du tournage.

par
Sylvain Bolt
(Foix)
À l’arrivée au Col du Granon, le 13 juillet, les caméras de Netflix sont au plus près de Jonas Vingegaard qui vient de remporter l’étape et le maillot jaune.

À l’arrivée au Col du Granon, le 13 juillet, les caméras de Netflix sont au plus près de Jonas Vingegaard qui vient de remporter l’étape et le maillot jaune.

AFP

Ce sont les caméras les plus attendues du Tour de France. Pourtant, on a dû les chercher, car ni badges ni logos n’indiquent leur présence sur la Grande Boucle. Les équipes du géant américain sont très discrètes, probablement pour mieux infiltrer les coulisses. Il paraît même que certaines équipes sont camouflées avec des tenues officielles des teams qu’elles suivent. Parfois, on distingue une perche qui traîne sur la tête d’un coureur près du bus des équipes. Ou une caméra dans la voiture d’un directeur sportif. 

Depuis mars, des trinômes (un journaliste, un caméraman et un preneur de son) suivent chacun l’une des huit formations (AG2R-Citroën Team, Alpecin-Fenix, Bora-Hansgrohe, EF Education-EasyPost, Groupama-FDJ, Ineos Grenadiers, Team Jumbo-Visma et Team Quick-Step Alpha Vinyl) qui ont accepté de participer au docu-série de la plateforme, prévu pour le premier trimestre 2023.

Le paddock des bus, les voitures des directeurs sportifs, l’hôtel: les équipes de tournage ne veulent rien manquer de la grand-messe de juillet. Selon des médias anglo-saxons, un chèque de 50’000 euros a été versé à chacune des formations qui a accepté de participer à l’aventure. «Je ne crois quand même pas qu’il y ait des caméras dans nos chambres, mais ils enregistrent vraiment beaucoup de contenus, sourit Benoît Cosnefroy, coureur d’AG2R. Il y a des micros un peu partout, dans le bus mais aussi sur certains vélos dans le peloton. C’est une grosse présence mais c’est bien de faire l’effort, surtout pour une équipe comme la nôtre car ça lui offre une belle vitrine. Après, je comprends aussi qu’une équipe comme UAE Emirates ne s’embête pas avec les contraintes de la série.»



Car le documentaire aura un absent de marque: Tadej Pogacar. Son équipe n’a pas accepté les caméras de Netflix, contrairement au team Jumbo-Visma de Jonas Vingegaard. Dommage, on aurait bien voulu découvrir la conversation entre le Slovène et sa direction sportive, dans le bus, après sa défaillance au col du Granon mercredi passé. Wout Van Aert, grand animateur du Tour de France, sera forcément l’un des acteurs phares de la série en tournage. Sur le podium des cérémonies protocolaires, on a aperçu plusieurs fois le Belge avec un micro vissé sur sa casquette. 

Les acteurs du Tour de France ne semblent pas trop perturbés par la présence des équipes de tournage. «J’ai l’impression qu’ils sont là avec de bonnes intentions et mes coureurs m’ont confirmé qu’il n’y avait aucun souci», témoigne Marc Madiot. Le manager de Groupama-FDJ avait déjà été à l’affiche d’un documentaire de France 2 sur Thibaut Pinot, héros malheureux en 2019.

«J’espère que la série va amener d’autres suiveurs que ceux attirés par les paysages et les belles vues»

Benoît Cosnefroy, coureur français

«Forcément, il y a des moments où on a moins envie de discuter que d’autres mais les équipes de tournage le ressentent, a souligné Aurélien Paret-Peintre, avant son contrôle positif au Covid-19. On trouve notre place et notre staff a nommé des personnes pour qu’elles gèrent l’équipe Netflix.» Ainsi, certaines formations ne souhaitent par exemple pas de caméras lorsque les coureurs se font masser. 

Moins de rivalité qu’en F1

Impliqué dans le projet, l’organisateur du Tour de France (ASO) voit là une occasion de populariser davantage la Grande Boucle. «Le Tour a toujours été en phase avec les moyens de communication de son époque, résume Christian Prudhomme. Une plateforme comme Netflix, mais aussi les réseaux sociaux, nous amène une autre manière de consommer cette aventure.»

«Le grand public ne se rend pas compte de tout ce qu’il se passe dans les coulisses de notre sport»

Stefan Küng, coureur suisse 

Les cyclistes, eux, espèrent prendre l’aspiration de la Formule 1, boostée par la série «Drive to Survive» de Netflix. «Je suis un grand fan de cette série. Je ne suivais pas la F1 avant et ce documentaire a ramené de la sympathie et de l’intérêt auprès d’un public bien plus large, souligne Benoît Cosnefroy. J’espère que ce sera pareil pour le vélo, que ça va amener d’autres suiveurs que ceux attirés par les paysages et les belles vues. L’intérêt pour notre sport va sûrement augmenter, notamment auprès des jeunes.»

C’est aussi ce que pense le Suisse Stefan Küng. «Le grand public ne se rend pas compte de tout ce qu’il se passe dans les coulisses de notre sport et c’est intéressant d’ouvrir nos portes pour amener plus d’intérêt», souligne le Thurgovien. Humaniser le peloton est l’un des objectifs avoués de la série, qui devrait compter huit épisodes de 45 minutes.

«J’ai hâte de voir le montage final, mais je ne crois pas qu’il y aura ce côté rivalités propre au monde des pilotes de Formule 1, estime Benoît Cosnefroy. Nous, quand un adversaire gagne, on va le féliciter car il a été plus fort et c’est uniquement physique. Il n’y a pas tous les litiges et les recours de la F1.»

Le moment tendre entre Jonas Vingegaard et sa femme, au sommet du col du Granon, a semble-t-il été immortalisé et enregistré par les microphones de Netflix. Aucune trace par contre des perquisitions de l’équipe Bahrain-Victorious au Danemark, puisque la formation de Damiano Caruso ne participe pas au documentaire. 

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