Votations: Neuchâtel ancre son avenir éolien dans la constitution
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VotationsNeuchâtel ancre son avenir éolien dans la constitution

La population neuchâteloise ne donnera pas son avis sur chaque implantation d'éoliennes dans le canton.

Les Neuchâtelois ont rejeté par 60,84% des voix l'initiative «Avenir des crêtes: au peuple de décider». Par 65,05% des suffrages, ils ont préféré adopter le contre-projet du Grand Conseil, qui ancre dans la constitution la possibilité de prévoir jusqu'à cinq sites. La participation a atteint 47,39%.

Votation inédite en Suisse

Cette votation constitue une première en Suisse. D'habitude, les sites sont définis dans des plans directeurs cantonaux (sans préciser le nombre d'installations) et ne sont pas soumis à votation.

Presque tous les partis politiques étaient favorables au contre-projet, qui autorise une fois pour toutes à planifier jusqu'à cinq sites pour 59 engins. Ils craignaient que l'initiative implique un processus démocratique paralysant pour le développement éolien.

Dans la ligne de mire: Crêt-Meuron près de Tête-de-Ran (7 éoliennes), Mont-Perreux près de la Vue-des-Alpes (10), la Joux-du-Plâne (4 sur sol neuchâtelois et 7 sur sol bernois), le Mont de Boveresse (18) et la Montagne de Buttes (20).

Selon leurs partisans, les projets neuchâtelois s'inscrivent dans le contexte du tournant énergétique et de la stratégie fédérale pour les énergies renouvelables. Ils feraient presque tripler, sur sol helvétique, le nombre d'éoliennes d'une performance supérieure à 500 kW. Il y en a actuellement 33, dont la majorité au Mont-Crosin (BE).

Les cinq sites représentent 200 millions de kilowattheures annuels, soit l'équivalent de 20% des besoins énergétiques du canton. De quoi favoriser l'autonomie énergétique de ce dernier, ont argumenté les défenseurs du contre-projet.

Autonomie pas garantie

Toutefois, les entreprises pourront revendre de l'énergie aussi hors du canton. Elles décideront elles-mêmes de la répartition et rien ne garantit la quantité dédiée aux Neuchâtelois.

Quatre zones touchent des territoires protégés par un décret voté en 1966. Les auteurs de l'initiative voulaient faire respecter ce texte qui avait été plébiscité par près de 90% des Neuchâtelois. Ils ont dénoncé le «gigantisme» consistant à implanter à travers le territoire des dizaines d'éoliennes de 150 à 200 mètres de haut.

Pro Natura Neuchâtel, la Fondation pour la protection et l'aménagement du paysage, BirdLife Suisse, Helvetia Nostra et l'Association des Amis du Mont-Racine étaient aussi montées au front pour l'initiative.

Elles avertissent que ce vote n'est «pas un chèque en blanc donné aux promoteurs pour industrialiser les crêtes». Elles exigeront des études d'impact sérieuses, et contesteront les sites les plus problématiques. Et de citer notamment Mont-Perreux, «l'un des pires projets de Suisse» pour ses conséquences sur les oiseaux.

Le gouvernement peut aller de l'avant

De son côté, le Conseil d'Etat a exprimé sa satisfaction. Ce vote lui permet de commencer ou poursuivre les planifications de détail et les études d'impact sur l'environnement.

C'est dans le cadre de ces procédures qu'il devra définir les emplacements définitifs des éoliennes, des chemins d'accès et des installations techniques, a-t-il précisé. Puis, quand les éventuelles oppositions et les planifications de détail auront été traitées, les communes pourront délivrer les permis de construire nécessaires, au terme de nouvelles procédures complètes.

L'association Suisse Eole a elle aussi salué ce vote qu'elle juge «clairvoyant et courageux». Elle constate avec satisfaction l'adhésion des communes de Val-de-Travers et Val-de-Ruz, qui accueilleront les parcs. Le contre-projet y a récolté respectivement 57,02% et 66,07% des voix. (ats)

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