Sévices sexuels par Skype: 9 ans requis contre le Vaudois qui abusait d’un bébé en ligne

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Sévices sexuels par Skype9 ans requis contre le Vaudois qui abusait d’un bébé en ligne

Dylan* répond de l’innommable devant la Cour criminelle de Nyon (VD) depuis ce mardi. Il admet avoir forcé une Roumaine à commettre des actes d’ordre sexuel sur son nourrisson en live streaming.

par
Evelyne Emeri
Tribunal d’arrondissement de La Côte à Nyon ce mardi 19 janvier 2021. Le prévenu regagne le véhicule de la patrouille de police qui l’encadre durant son procès.

Tribunal d’arrondissement de La Côte à Nyon ce mardi 19 janvier 2021. Le prévenu regagne le véhicule de la patrouille de police qui l’encadre durant son procès.

Le Matin/Evelyne Emeri

Si le prévenu, aujourd’hui âgé de 27 ans, n’est pas directement l’auteur des actes perpétrés sur le nourrisson d’une Roumaine (ndlr. Mircea* a déjà été condamnée dans son pays à 6 ans et demi de prison ferme), il en est l’instigateur. C’est précisément ce que lui reproche l’accusation soutenue par le procureur Xavier Christe. Le ministère public a retenu l’instigation (ou la tentative) à actes d’ordre sexuel avec des enfants, l’instigation (ou la tentative) à actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance ainsi que la pornographie.

«Pour satisfaire ses pulsions»

Le parquet estime sa culpabilité écrasante, sa responsabilité pleine et entière. «Il a agi en toute connaissance de cause. Il a touché aux biens les plus précieux après la vie. Les faits sont extrêmement graves dans leur intensité et dans leur répétition, affirme le procureur. Près d’une année de calvaire contre rémunération. Son mobile est égoïste, tout cela pour satisfaire ses pulsions et par streaming, c’est odieux. Aujourd’hui encore, il maintient qu’il n’est pas pédophile, il banalise, il ne présente aucune excuse spontanée.»

Le risque de récidive et de répéter son comportement sadique, le magistrat n’en démord pas: il est élevé. Et de requérir 9 ans de prison ferme, assortis de mesures thérapeutiques institutionnelles.

«Il sait qu’il doit assumer»

«9 ans, c’est trop. Les faits sont affreux, inqualifiables. Il les reconnaît. Il les regrette, plaide Me Patrick Sutter, défenseur d’office de Dylan. Il se décrit comme un monstre. Il sait qu’il doit assumer. A sa décharge, il a agi sur une courte durée, il a arrêté de lui-même. Par chance, il n’y a pas eu plusieurs victimes, il n’y en a eu qu’une seule. Désormais, mon client a de l’empathie pour la vraie victime.» L’avocat demande aux juges de prononcer une peine équivalente à celle de sa complice en Roumanie – 6 ans et demi ferme –, voire inférieure. A noter que l’on ne sait rien de cette condamnation à l’étranger et qu’elle reste difficilement comparable puisque Mircea avait d’autres enfants qu’elle prostituait également.

Plus de 25 fois

À l’ouverture des débats, le président du Tribunal criminel de l’arrondissement de La Côte, Daniel Stoll, a tenu à lire l’acte d’accusation dans les moindres détails. Nous ne reproduirons pas ces détails. Ceux-ci relèvent non seulement de l’indéfendable mais d’une dépravation absolue et persistante. Plus de 25 requêtes, entre septembre 2014 et juillet 2015, à cette ressortissante roumaine, la plupart étaient monnayées. Le bébé avait un mois la première fois. Cette lecture n’a pas fait broncher d’un iota Dylan, chaînes au pied, menotté, statique sur sa chaise, tête dans les épaules, regard baissé, sans émotion à ce stade.

«C’est choquant de ne pas se souvenir»

«Admettez-vous ces faits?» demande le président Stoll. «Je ne conteste pas, mais je n’ai aucun souvenir de cette époque», réplique l’accusé. Le président: «C’est choquant de ne pas se souvenir». Réponse: «Je pense que j’ai voulu oublier et mettre tout ça au fond de ma mémoire». En 2018, il reprendra contact avec Mircea. Il voulait reprendre des «conversations à titre normal, entre adultes consentants». En prison depuis le 4 novembre 2019, il dessine: des femmes nues et des actes sexuels sadomasochistes. «J’ai été coupé de ma compagne (ndlr. mère de leur fils de 2 ans et demi) d’un coup. C’était de la frustration. Il fallait que je me vide la tête», se défend-il.

«Avec le recul, c’est horrible»

Le Vaudois a aussi oublié qu’il avait conservé des supports informatiques (images et vidéos) chez lui que les enquêteurs retrouveront lors de leurs perquisitions. «Je les ai gardés comme des trophées au début.» Et lorsque le tribunal lui demande s’il est pédophile, il infirme: «Je n’ai pas d’attirance pour ça. Je recherchais la domination sur la personne, ses limites. Avec le recul, c’est horrible. Ce petit va grandir sans sa mère. Je l’ai détruit. Il va devoir se reconstruire. Je lui ai volé son innocence. J’ai moi-même un petit garçon. J’ai honte. Je suis en colère contre moi. Je n’ai aucune excuse valable. Je ne pourrai jamais me pardonner ce que j’ai fait».

«C’était le plus facile»

Pourquoi ne pas se contenter de pratiques sadomasochistes entre adultes et vouloir absolument entraîner une mère et son nourrisson dans ses travers? L’accusé lâche «qu’il ne sait pas. Pour moi, c’était le plus facile… C’est horrible. C’est horrible.» Horrible, encore et toujours. Il confie aussi «qu’il a mis beaucoup de temps à admettre qu’il avait un problème mais que maintenant il était suivi. Je veux faire les choses bien. Je me suis d’abord pris pour une victime, je refusais d’être confronté à mes erreurs. En détention, j’ai pris conscience. Un truc a changé, vraiment». S’agissant de son avenir, il se dit prêt à accepter une médication «pour éviter un surplus de libido».

Pas de diminution de responsabilité

Convoqué à la barre, l’expert psychiatre hésite entre des mesures institutionnelles et un internement. Il se montre toutefois très inquiet et enjoint la Cour à la plus grande prudence en matière de récidive. Quant à la dimension pédophilique, il ne l’exclut pas: «Les traits psychopathiques sont des dimensions difficiles à soigner. Il est capable de passer d’un statut de normalité à des épisodes de sadisme extrême. Il y a aussi eu une gradation dans la violence de ses demandes. Il fait preuve d’une jouissance froide et de sentiments de toute-puissance, rajoute l’expert. À aucun moment, je n’ai entendu un regret.» Pour le médecin, le prévenu a pleine conscience de ce qu’il a fait et bénéficie de tout son discernement. L’expertise ne lui octroie du reste aucune diminution de responsabilité pénale.

«Je n’y crois pas»

Également convoquée, sa mère le décrit comme «gentil, sympa, serviable avec plein de gens. Après son départ de la maison avec sa copine, tout se passait bien.» Suivra son beau-père qui l’a éduqué, extrêmement remué par cette affaire: «Il est gentil, poli, bosseur. Il y a autre chose. Je ne comprends pas. Je n’y crois pas de toute façon. Je suis sûr de mon gamin. Il faut être aliéné et détraqué pour faire ça, c’est surréaliste». À la fin de son audition, il se dirigera vers «son» fils, lui demande de le regarder ce que Dylan refusera de faire à l’image d’un petit garçon honteux qui courbe l’échine. Émotion intense. «Tu seras toujours mon gamin. Je serai toujours là pour toi.»

Mécanicien sur automobile de formation, cet homme, devenu père après ses exactions, a largement dérapé. Il risque très lourd. Le verdict est attendu demain mercredi.


*Prénoms d’emprunt

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