Nicolas Sarkozy veut faire revoter l'Irlande sur le traité de Lisbonne
Actualisé

Nicolas Sarkozy veut faire revoter l'Irlande sur le traité de Lisbonne

«L'Irlande devra revoter» sur le traité de Lisbonne, a déclaré mardi Nicolas Sarkozy devant les députés UMP reçus à l'Elysée, selon des participants.

Des propos qui ont suscité un démenti polis du gouvernement irlandais et les critiques de l'opposition, pro ou anti-Lisbonne.

Le président français a ajouté qu'il «mettrait son veto» à tout élargissement de l'UE tant qu'elle n'est pas dotée de nouvelles institutions.

Les Irlandais ont replongé l'Union européenne dans la crise institutionnelle en votant «non» au traité de Lisbonne le 12 juin dernier. Chargé de dénouer la crise en tant que président en exercice du conseil européen, M. Sarkozy a dit la semaine dernière devant le Parlement européen qu'il espérait proposer «une solution en accord avec le gouvernement irlandais, soit au mois d'octobre, soit au mois de décembre».

Le président français est attendu lundi prochain à Dublin pour dialoguer avec les Irlandais «dans un esprit d'écoute», selon son entourage. M. Sarkozy n'a pas prévu de faire des propositions à ce stade.

En Irlande, le ministre des Affaires étrangères Michael Martin a tenté de minimiser les commentaires du président français.

«Le président Sarkozy se prononçait lors d'une réunion de parti privée», a-t-il souligné. «Lui, comme tout autre démocrate, a droit à son point de vue particulier sur la marche à suivre. Il reviendra au peuple irlandais de décider comment nous avancerons après Lisbonne. En dernière instance, ce sont nous qui prendrons la décision».

Le chef du Parti travailliste (opposition) Eamon Gilmore s'est montré moins diplomatique, estimant que M. Sarkozy avait «sérieusement mis les pieds dans le plat», s'interrogeant sur l'opportunité d'un tel commentaire à quelques jours de sa visite en Irlande.

«On nous a expliqué qu'une des raisons principales de la visite du président en Irlande la semaine prochaine était de lui permettre d'entendre les points de vue des Irlandais sur ce qui doit désormais être fait», a-t-il noté. «Cependant, s'il s'est déjà décidé sur ce sujet, ce sera une écoute plutôt creuse».

Le Sinn Fein (nationaliste), seul grand parti à avoir fait campagne contre le traité, a estimé par la voie du député Aengus O Snodaigh que ce n'était pas la première fois que des dirigeants européens tentaient d'»intimider» l'Irlande, et a rappelé que «le traité de Lisbonne est mort».

Si un deuxième référendum est une solution évoquée par ses conseillers depuis le 12 juin, c'est la première fois que M. Sarkozy en parlait ouvertement.

«Il n'y a pas d'autre solution», a réagi Axel Poniatowski, président UMP de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. «L'Irlande seule ne peut pas bloquer le traité de Lisbonne. Il n'est pas normal que quatre millions d'habitants puissent bloquer l'avenir de 500 millions».

Une des solutions pour inciter les Irlandais à dire «oui» serait de revoir la disposition du traité sur la réduction du format de la commission, pour permettre à chaque pays d'avoir un commissaire. Devant les députés UMP, Nicolas Sarkozy s'est dit «pas hostile à titre personnel» à cette idée, selon la porte-parole de l'UMP Chantal Brunel.

Le traité de Lisbonne réduit de 27 à 18 le nombre de commissaires à partir du 1er novembre 2014, «à moins que le Conseil européen, statuant à l'unanimité, ne décide de modifier ce nombre». Le traité de Nice en vigueur prévoit un resserrement de la commission dès l'an prochain. (ap)

Ton opinion