Nombreux problèmes pour la force internationale au Liban
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Nombreux problèmes pour la force internationale au Liban

Les difficultés à envoyer une force internationale au Liban sont d'ordre politique, mais elles résultent aussi des faiblesses inhérentes aux opérations de maintien de la paix.

Le déploiement des casques bleus se heurte à de nombreux problèmes.

«Les opérations de maintien de la paix font actuellement face à d'immenses difficultés»: c'est l'ONU qui l'affirme d'emblée sur son site internet.

Augmentation du nombre de demandes, missions complexes et multidimensionnelles, problèmes de commandement, de logistique et de financement, incertitudes sur le mandat, jusqu'à des accusations d'abus sexuels contre les casques bleus, autant de problèmes reconnus par les Nations Unies.

Explosion des demandes

Si le nombre des demandes montre que les régions en conflit ont besoin de l'ONU, il n'est pas facile pour le Département des opérations de maintien de la paix à New York de gérer actuellement 18 opérations, comprenant près de 90 000 soldats, policiers et civils.

Le personnel de terrain a été multiplié par cinq depuis 2000. Après les Etats-Unis, c'est l'ONU qui a le plus grand nombre de soldats déployés dans le monde, sans avoir des moyens logistiques équivalents. Ces opérations manquent de ressources et d'effectifs.

Le coût pour l'année en cours est de cinq milliards de dollars. Si la force prévue de 13 000 casques bleus est déployée dans le sud du Liban pour compléter les 2000 déjà sur place, elle devrait coûter près d'un milliard supplémentaire.

Elle équivaudra ainsi à la plus importante opération en cours, la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (RDC), composée de 14 800 soldats et d'environ 20 000 hommes (civils et militaires) pour un coût annuel de 1,1 milliard de dollars.

Les autres missions les plus importantes sont le Libéria (14 500 soldats avec un budget de 745 millions), Haïti (9000 soldats, 1,1 milliard) et la Côte d'Ivoire (6705 soldats, 438 millions). L'ONU aurait souhaité déployer une force de maintien de la paix substantielle au Darfour, mais n'a pas obtenu le feu vert de Khartoum.

Problème de recrutement

Les Nations Unies ont un problème de recrutement. Les dix principaux fournisseurs sont des pays en développement (Bangladesh, Pakistan, Inde, Jordanie, Népal, Ehiopie, Ghana, Nigéria, Uruguay, Afrique du Sud). Moins de 5,8 % des effectifs proviennent de l'Union européenne et 0,5 % des Etats-Unis.

L'une des raisons est que les soldats des pays en développement sont moins chers. Les casques bleus sont en effet rémunérés par leurs gouvernements selon l'échelle des salaires nationale. Les pays sont ensuite remboursés par l'ONU, pour une somme fort peu attractive, soit par casque bleu et par mois: 1028 dollars (avec 303 dollars de prime pour les spécialistes, 68 dollars pour les uniformes).

L'entraînement, l'équipement, la formation et la coordination ne sont en conséquence pas toujours au rendez-vous. Les pays développés paient: 26 % du budget pour les Etats-Unis, 19 % pour le Japon, 9 % l'Allemagne, 7 % la France et le Royaume-Uni. La Suisse finance le 1 %, soit environ 50 millions de francs.

Mandat renforcé

Après le drame de Srebrenica (1995) et les critiques sur l'inefficacité des casques bleus dans l'ex-Yougoslavie, les règles d'engagement ont été revues. Depuis 1948, 2272 casques bleus sont morts, dont 257 depuis 1978 pour la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), 92 en RDC depuis fin 1999, 82 au Libéria depuis 2003.

Le Conseil de sécurité peut désormais invoquer le Chapire VII de la Charte et créer une force d'imposition de la paix. Ce mandat autorise les casques bleus à «recourir à tous les moyens nécessaires». A l'heure actuelle, les missions en RDC, au Libéria, au Kosovo, au Burundi, en Haïti et en Côte d'Ivoire fonctionnent conformément au Chapitre VII.

Cette nouvelle approche ne signifie cependant pas que l'ONU se transforme en une machine de guerre, tient à souligner le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. L'emploi de la force doit toujours être envisagé en dernier recours. (ats)

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