Actualisé

Votations fédéralesNon à l'initiative 1:12

Le peuple a refusé dimanche l'initiative populaire «1:12 - pour des salaires équitables» par 65,3% des voix. Aucun canton ne l'a acceptée, même si les latins ont montré plus de sympathies.

L'initiative 1:12 a été rejetée par près de 1,8 million de votants. A l'inverse, un peu plus de 955'000 personnes ont inscrit un «oui» sur leur bulletin de vote. Alors qu'elle espérait rééditer le succès remporté par le texte contre les rémunérations abusives de Thomas Minder, la gauche n'a pas réussi à draîner au-delà de son réservoir habituel.

Dans un pays où la plupart des salariés rechignent à avouer leur revenu, la majorité n'a pas voulu exiger que dans les entreprises, le salaire le plus haut ne dépasse pas de plus de douze fois le salaire le plus bas.

Le corps électoral a été plus sensible aux arguments du Conseil fédéral, des patrons et de la droite. La crainte d'entraver la bonne marche de l'économie helvétique en imposant un carcan aux revenus des dirigeants a prévalu sur les considérations morales autour des dérives salariales constatées ces dernières années.

Tessinois en tête

Il s'en est fallu de 2100 voix pour que texte 1:12 soit adopté au Tessin (51% de non). Dans le Jura, le taux de refus a stagné à 52,2%, tandis qu'à Neuchâtel, il a atteint 55,5%.

Les Genevois se sont opposés à l'initiative par 56,9% des voix et les Fribourgeois par 61,9%. Le refus des Vaudois s'est élevé à 61,9%, alors que celui des Valaisans a atteint 67,3%. A Berne, 62% des votants ont refusé l'initiative,

Les cantons accueillant une forte densité de millionnaires se sont montrés les plus réticents à limiter les salaires. Les champions du «non» ont été les Zougois, avec 77% des voix. Ils sont talonnés par les Schwytzois (76,7%) et les Nidwaldiens (74,8%).

Patrons appelés à réagir

Le rejet de l'initiative populaire «1:12 - pour des salaires équitables» permettra à l'économie suisse de rester compétitive et attrayante pour les investisseurs, selon Johann Schneider-Ammann. Le conseiller fédéral a néanmoins appelé les grands patrons à entendre la colère du peuple face aux dérives salariales. «J'ai répété plusieurs fois au cours de la campagne que je n'apprécie pas les salaires excessifs touchés par quelques rares managers», a dit le ministre de l'économie devant la presse. Mais pas question pour autant que l'Etat intervienne, selon lui. Les entreprises doivent assumer elles-mêmes leurs responsabilités et faire preuve de plus de cohérence avec leur système salarial.

Nouveau vote sur les salaires

Malgré cet échec, la gauche affûte déjà ses armes pour la prochaine bataille. Une nouvelle votation sur les salaires s'annonce l'an prochain, avec l'initiative de l'Union syndicale suisse exigeant un salaire minimum de 4000 francs par mois. Le Conseil des Etats a déjà prône son refus, le National devrait en faire de même dès la semaine prochaine.

«Nous étudions de quelle façon nous allons agir contre les excès salariaux dans le futur», a annoncé le conseiller national socialiste Cédric Wermuth, sans vouloir donner davantage de détails. «Nous ne sommes pas parvenus à persuader le peuple que l'escroquerie pratiquée dans les cercles de direction des entreprises devait prendre fin», a réagi le président de la Jeunesse socialiste David Roth à la télévision alémanique SRF. Il est d'avis que les initiants ont mené une campagne engagée, contre des opposants qui ont fait peur aux citoyens.

Sujet bouclé pour la droite

La discussion autour des salaires abusifs en Suisse est définitivement close suite au net rejet de l'initiative «1:12 - pour des salaires équitables», estiment en revanche les partis de droite. «L'initiative de Thomas Minder suffit dans le domaine», a déclaré le conseiller national UDC Jean-François Rime. Christophe Darbellay est d'un avis similaire. Selon le président du PDC, les citoyens ont exprimé leur volonté de «ne pas changer une recette qui gagne.» (ats)

Le principe

L'initiative 1:12 stipule que le salaire du plus haut cadre d'une entreprise ne peut pas dépasser douze fois celui de l'employé le moins rémunéré. La campagne a été lancée dès l'acceptation de l'initiative populaire contre les rémunérations abusives.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!