29.06.2020 à 06:22

Energie

Nos déchets ménagers convoités de toutes parts

Nos ordures ménagères sont au cœur d’un marché disputé, pour la chaleur qu’elles dégagent en brûlant. Un élu veut mettre un frein à la création d’usines pour les traiter, et soutient la participation du secteur privé dans ce domaine.

de
Pauline Rumpf
Les Suisses produisent 3,5 millions de tonnes de déchets incinérables chaque année.

Les Suisses produisent 3,5 millions de tonnes de déchets incinérables chaque année.

Keystone

La chaleur produite par l’incinération de nos poubelles vaut de l’or. Cimenteries et usines d’incinération (UOIM) se les disputent, et un élu demande au Conseil fédéral d’intervenir pour éviter que cette lutte ne débouche sur un encouragement à la production ou à l’importation de déchets. «Actuellement, on importe 400’000 tonnes de déchets par an pour atteindre la capacité de 4 millions de tonnes de nos UOIM, rapporte François Pointet (Vert’libéral/VD). Cette surcapacité fait une concurrence déloyale au traitement dans des cimenteries.» Dans une motion, le conseiller national demande donc un moratoire sur la construction de nouvelles usines, de façon préventive. Pour cet écologiste, on s’achemine à terme vers une baisse du volume de déchets (au contraire des estimations de l’Office fédéral de l’environnement), ainsi que vers un meilleur recyclage. Il faut donc repenser la façon dont on les traite, notamment via une entrée des acteurs privés dans le processus. «Les fours des cimenteries sont plus chauds que les UOIM et ne produisent aucun résidu, ils ont donc un meilleur bilan. Il faut juste mettre en place un meilleur recyclage préalable, car dans les UOIM des matériaux sont récupérés dans les résidus de combustion.»

Pour LafargeHolcim, remplacer par des déchets le gaz ou le pétrole utilisé pour chauffer le ciment est effectivement séduisant, financièrement et écologiquement. Actuellement, la loi ne les autorise pas à brûler des déchets ménagers, mais le cimentier utilise plus de 450’000 tonnes de matériaux débarrassés par l’industrie, l’artisanat ou la démolition. Ces éléments finissent pour moitié dans ses fours, et pour moitié comme matière première de construction.

Administrateur délégué de Tridel, Jean-Philippe Petitpierre défend le modèle des usines d’incinération, d’abord parce que la réglementation sur le filtrage des fumées pour protéger l’environnement n’y est pas tout à fait la même, mais aussi parce que le tri des résidus permet de récupérer beaucoup de matériaux. «Si vous jetez un stylo, il est ardu d’extraire les éléments métalliques avant incinération, mais après c’est très facile», décrit-il. Le spécialiste ajoute qu’il existe déjà une clause du besoin pour la création de nouvelles usines, et se méfie en outre d’une privatisation du marché. «Un privé n’aura aucun intérêt à aller vers une baisse du volume de déchets, donc du chiffre d’affaires», analyse Jean-Philippe Petitpierre.

Plusieurs projets en parallèle

Pour effectuer le tri des cendres et réduire le volume des résidus destinés aux décharges, un nouveau centre devrait voir le jour en Suisse romande sur l’impulsion de Tridel, Cridec et du groupe Orllati. A Genève, l’usine des Cheneviers est en passe d’être complètement reconstruite et redimensionnée à la baisse, tout en étant dotée de nouvelles technologies pour optimiser la captation de la chaleur pour chauffer et alimenter les ménages genevois.

À Lausanne, l’élu socialiste Vincent Brayer prend la question par un autre bout, et propose de capter le CO₂ rejeté par Tridel pour en faire de l’engrais, révèle «24 heures» jeudi. Objectif: éviter la participation de Lausanne à un réseau d’«oléoducs» acheminant ces particules vers le nord de l’Europe, comme envisagé actuellement par les autorités.

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65 commentaires
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ganache

30.06.2020 à 11:00

Enfin on avoue que les déchets "valent de l'or" des années que l'on nous "ponctionne" taxes sur taxes, que les citoyens font le boulot d'éboueur, trient, se déplacent avec leurs poubelles, etc, et l'on nous dit tout d'un coup qu'il y a des marchés "juteux"... 🤔 vraiment la honte...

Daniel Michel

29.06.2020 à 10:21

Cela va tellement loin .... que les transporteurs remplissent leurs camions poubelles puis les transfèrent dans des remorques containers pour les livrer dans les centres ou ils sont le plus payés.... A qui va cet argent ? ...... Quel respect de l environnement ? ....... Et à la fin tout nos tris sont confondus dans le même four ? ... De qui se moquent-on... Alors le citoyen (nes) (s) Payez maintenant !

all-in

29.06.2020 à 10:12

Déchet, ordure, poubelle. Des mots virtuels qui n’existent pas. rien ne se perd, tout se transforme. Comme le bien et le mal, la chance la malchance, c’est virtuel, fictif. Tout à un sens.