Votations à Genève - Notes discordantes pour la création d’une Cité de la musique
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Votations à GenèveNotes discordantes pour la création d’une Cité de la musique

Jugé «démesuré et élitiste» par les uns, «rassembleur et inspirant» par les autres, le projet sera soumis au vote populaire en Ville de Genève le 13 juin prochain.

par
David Ramseyer
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La Cité de la musique, vue depuis la place des Nations, avec à droite l’avenue de la Paix. Le projet émane des bureaux d’architectes Pierre-Alain Dupraz, à Genève, et Gonçalo Byrne, à Lisbonne.

La Cité de la musique, vue depuis la place des Nations, avec à droite l’avenue de la Paix. Le projet émane des bureaux d’architectes Pierre-Alain Dupraz, à Genève, et Gonçalo Byrne, à Lisbonne.

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La grande salle de concert pourra accueillir 1580 spectateurs.

La grande salle de concert pourra accueillir 1580 spectateurs.

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Vue de la Cité de la musique depuis la route de Ferney.

Vue de la Cité de la musique depuis la route de Ferney.

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À écouter les débats sur le projet de Cité de la musique, on est plus proche du «Blitzkrieg Bop» des Ramones que de la «Petite musique de nuit» de Mozart. Le 13 juin, les électeurs de la Ville de Genève voteront sur des plans d’aménagement qui, s’ils sont acceptés, permettront la réalisation du complexe à la place des Nations. Celui-ci doit abriter la Haute Ecole de musique (HEM), l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), une salle de 1580 places et deux autres plus petites. Coûts de construction: 300 millions de francs, payés par une fondation privée bien connue au bout du lac.

Pour l’avenir de tous les jeunes musiciens

«Ce projet est rassembleur et inspirant, mais il vise d’abord la formation», plaide Steve Roger, directeur général de l’OSR et membre du comité de fondation de la Cité de la musique. Aujourd’hui, la dispersion des étudiants de la HEM sur sept sites constitue en soi un problème, «mais surtout, les locaux actuels sont inadaptés». Le complexe des Nations permettrait in fine de former les futures générations de musiciens. «En matière d’enseignement – et aussi de concerts -, il y aura de la place pour tout le monde, pas seulement pour le classique comme le prétendent les opposants, mais aussi pour le rock ou le jazz.»

Trop de place, même? Les adversaires du projet dénoncent en effet une infrastructure «démesurée». Un argument «mensonger», rétorque Steve Roger. «La salle principale aura la même jauge que le Victoria Hall où nous nous produisons.» Alors que, selon lui, les abonnements à l’OSR ont bondi de 30% malgré le Covid, le taux moyen de remplissage, la saison prochaine, sera de «plus de 80%». Enfin, le patron de l’ensemble symphonique note que la Cité de la musique, sur son futur emplacement, «ouvrira au public un parc aujourd’hui en friche et fermé à la population».

Mal pensé et mal placé

Il faut y préserver le patrimoine bâti – une villa de maître, non classée – et forestier des lieux, alerte Julien Dumarcey, du comité référendaire. «L’urgence n’est pas culturelle mais climatique», s’émeut-il, alors que l’édification du complexe condamnera des arbres (ndlr: il est prévu d’en replanter d’autres) et une partie des biotopes actuels. Cet artiste lyrique indépendant s’interroge par ailleurs sur les réels besoins de la HEM. «Elle peut récupérer temporairement des espaces à la Haute Ecole d'art et de design, ou de manière pérenne, certains locaux commerciaux vides». Un grand pôle de formation en matière de musique aurait été surtout plus judicieux dans le futur quartier Praille-Acacias-Vernets, selon lui.

Julien Dumarcey critique aussi la «démesure» d’un projet «prévu pour une agglomération de 4 millions d’habitants, comme Hambourg. Rien à voir avec la taille de Genève, où ni le Grand Théâtre ni le Victoria Hall n’affichent complet.» Deux exemples qui permettent à l’opposant de dénoncer une infrastructure «élitiste», où la musique classique exercera sa «mainmise». Il plaide pour une meilleure répartition des deniers: «Les millions dépensés seront autant d’argent dont ne pourront bénéficier les collectivités pour d’autres musiques, dont certaines sont précarisées.»

Symphonie de désaccords

Sur le papier, le PS, le PDC, le PLR et le MCG sont favorables à la Cité de la musique, tandis que l’UDC, les Verts et Ensemble à Gauche s’y opposent. En réalité, les avis divergent beaucoup à l’interne des différentes formations politiques genevoises. Ainsi, à droite comme à gauche, il n’est pas rare depuis des semaines de voir les membres d’un même parti afficher publiquement des positions antagonistes, notamment sur les réseaux sociaux.

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