Genève: «Notre avenir énergétique se trouve sous nos pieds»
Actualisé

Genève«Notre avenir énergétique se trouve sous nos pieds»

Le projet de l'Etat de produire massivement une énergie renouvelable et propre a franchi un palier. Le premier puits exploratoire de géothermie est ouvert.

par
David Ramseyer
1 / 7
La camionnette vibreuse a été aperçue mardi 14 novembre 2018 en soirée dans le parc Bertrand, à Champel.

La camionnette vibreuse a été aperçue mardi 14 novembre 2018 en soirée dans le parc Bertrand, à Champel.

Lecteur reporter
Des ouvriers s'affairent à côté de la foreuse, lors du démarrage du premier forage exploratoire dans le cadre du programme "Géothermie 2020", le jeudi 16 novembre 2017 à Satigny (GE).

Des ouvriers s'affairent à côté de la foreuse, lors du démarrage du premier forage exploratoire dans le cadre du programme "Géothermie 2020", le jeudi 16 novembre 2017 à Satigny (GE).

Keystone/Martial Trezzini
Pour creuser à 700m de profondeur, des tronçons de mèche seront ajoutés au fur et à mesure à la foreuse.

Pour creuser à 700m de profondeur, des tronçons de mèche seront ajoutés au fur et à mesure à la foreuse.

dra

La longue mèche d'acier va mettre trois mois pour plonger à 650m de profondeur, traversant du même coup 100 millions d'années d'histoire géologique. Le premier forage exploratoire géothermique dans le canton a débuté ce jeudi, dans la campagne de Satigny (GE).

L'opération doit confirmer ce que trois ans d'études ont indiqué: la présence à cet endroit d'une nappe d'eau entre 25 et 35 degrés, au débit suffisant. Cet or bleu pourrait alors être récupéré pour chauffer des habitations, des entreprises ou encore des serres agricoles. A terme, un puits comme celui inauguré aujourd'hui permettrait à des milliers de personnes de se chauffer avec une énergie propre et renouvelable. De trois à six forages exploratoires sont déjà prévus. Les premières exploitations pourraient débuter dans trois ans. «Il n'y aura pas besoin d'adapter les radiateurs des habitations ou des entreprises, précise Michel Meyer, responsable de la géothermie aux Services industriels de Genève (SIG). Seules les chaufferies d'immeubles ou les conduites d'eau souterraines devront être modifiées».

De l'eau à profusion

Géothermie: un forage exploratoire à Satigny

A Genève, un premier sondage exploratoire à moyenne profondeur a démarré à Satigny dans le cadre du programme GEothermie2020.

La géothermie - une priorité pour le Canton - pourrait au final se substituer massivement aux énergies fossiles, selon l'Etat. D'autant plus que le bout du lac semble être un territoire très propice à cette technologie. Entre 600 et 1500 mètres de profondeur, le sol genevois semble en effet regorger de nappes d'eau chaude. «Notre objectif pour 2035 est de diminuer de 53% la consommation d'énergies fossiles, tout en consacrant 20% de nos dépenses énergétiques à une production locale propre et renouvelable, rappelle le conseiller d'Etat Antonio Hodgers, chargé de l'énergie. Ce n'est plus une vue théorique: ça a commencé, on est dedans!».

Lancé en 2014, le programme GEothermie 2020 est budgété à 20 millions de francs (ndlr; le coût du puits inauguré ce jeudi est de 1,5 million de fr.), financés par les SIG. Leur directeur général Christian Brunier se dit confiant: «Les résultats de nos études préliminaires, grâce à nos sondages et nos échographies du sol, sont réjouissants». Pour le conseiller d'Etat Luc Barthassat, à la tête du Département cantonal de l'environnement, pas de doute, «notre avenir énergétique se trouve sous nos pieds».

Un risque sismique?

Pourtant, des craintes subsistent face à cette technologie. A Bâle par exemple, elle a plusieurs fois provoqué des secousses sismiques supérieures à 3 sur l'échelle de Richter, suscitant l'inquiétude de la population. Mais elles ont été provoquées par des forages bien plus profonds, qui employaient la technique de fracturation de la roche (ndlr; de l'eau envoyée sous haute pression pour briser les minéraux). Une pratique interdite à Genève, précisent les SIG. «De plus, il n'y a pas de cas connu de secousses sismiques avec un forage à 600m», assure Christian Brunier. Il admet cependant que le risque zéro n'existe pas: «En cas de problème, nous stopperions évidemment le forage».

Sous-sol helvétique inspecté

Une quarantaine de projets de géothermie sont en cours d'étude ou déjà en exploitation dans le pays. Côté Romand, le Valais (Saillon) et Vaud (Lavey-les-Bains) comptent des infrastructures déjà en service, indique Géothermie-Suisse. Un forage exploratoire (pour exploiter la chaleur du sol) a déjà eu lieu à Lausanne, à une profondeur de 800m. L'Etat vaudois travaille aussi à l'élaboration des conditions-cadres pour exploiter une géothermie plus profonde (pour récupérer la chaleur de l'eau). "Plusieurs campagnes de prospection sismique de surface ont aussi été menées afin d'évaluer le potentiel de cette ressource énergétique renouvelable et locale. Les résultats sont très encourageants et laissent entrevoir un potentiel élevé", souligne Denis Rychner, chargé de communication au Département vaudois de l'environnement.

Ton opinion