Johann Schneider-Ammann: «Notre pays doit se montrer uni»
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Johann Schneider-Ammann«Notre pays doit se montrer uni»

Le Bernois présidera la Confédération en 2016. Dans une interview accordée à «20 minutes», le libéral-radical parle des défis auxquels la Suisse devra faire face l'an prochain.

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jbu/ofu
Johann Schneider-Ammann: «Je ne cherche pas à me mettre sous le feu des projecteurs, mais ça fait partie de cette fonction.»

Johann Schneider-Ammann: «Je ne cherche pas à me mettre sous le feu des projecteurs, mais ça fait partie de cette fonction.»

photo: Kein Anbieter/DR

Monsieur le conseiller fédéral, vous présiderez la Confédération en 2016. Avez-vous déjà pris des résolutions pour l'année à venir?

Oui. Pour moi, mon année de présidence sera marquée par un grand thème: le marché de l'emploi. Je m'engage pour la création de places de travail pour tout le monde, indépendamment de l'âge et de la formation. Mais nous devons également faire en sorte que la Suisse reste un pays sûr. Nous ne sommes pas à l'abri des menaces terroristes. Et pour finir, nous devons renforcer les voies bilatérales et soutenir une atténuation de l'immigration.

Et qu'en est-il de vos résolutions personnelles?

Je veux renforcer notre cohésion. On ne doit pas entamer des négociations avec des compromis, mais il faut être prêt à en faire. Je m'adresse à tout le monde en disant cela, mais je vise certaines personnes un peu plus que d'autres. En vue des prochains défis, notre petit pays doit se montrer uni.

La mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse est prévue pour février 2017. Pour cela, le Conseil fédéral prévoit l'introduction d'une clause de sauvegarde. Pensez-vous que la Suisse va trouver une solution consensuelle avec l'UE?

Depuis le début des discussions, la clause de sauvegarde me semble être la meilleure des solutions. C'est pour cette raison que je n'ai cessé de remettre cette option sur le tapis. La clause de sauvegarde est nécessaire pour atteindre nos buts. Ce mécanisme doit pouvoir fonctionner au bon moment. Il ne doit pas remettre en question le principe fondamental de la libre circulation des personnes, mais néanmoins avoir un effet d'atténuation.

Quand la clause de sauvegarde devra-t-elle être activée? Un contingent de 21'000 personnes, comme proposé par l'UDC, est-il réaliste? Celui de 65'000 personnes, mis en avant par les milieux économiques, est-il davantage envisageable?

Je ne vais pas vous communiquer de chiffre. Mais j'estime qu'une immigration nette de 80'000 personnes, telle que nous la vivons aujourd'hui, est vraiment trop élevée. C'est pour cela que je pense qu'une atténuation est nécessaire.

Comment la Suisse doit-elle gérer la situation des réfugiés, qui voudraient eux aussi s'intégrer dans le marché du travail helvétique?

Il est primordial que les autorités compétentes définissent rapidement qui a le droit de rester et qui doit quitter notre pays. Les personnes qui peuvent rester en Suisse doivent respecter nos règles. Et celles et ceux qui restent devraient être intégrés dans le marché du travail dans la mesure du possible. Pour cela, les réfugiés doivent maîtriser notre langue et disposer d'une formation adéquate.

Auriez-vous souhaité que le dossier de l'asile ait été attribué à un des deux conseillers fédéraux UDC?

Je ne commente pas la répartition des départements fédéraux. Mais comme Simonetta Sommaruga l'a déjà précisé, la continuité est très importante pour nous.

Qu'attendez-vous de la part de votre nouveau collègue Guy Parmelin?

Je connais Guy Parmelin depuis qu'il est à Berne. Il a les pieds sur terre et n'a pas besoin des conseils de monsieur Schneider-Ammann. Il va gérer son département avec beaucoup d'engagement et de plaisir. Je pense qu'il sera un solide conseiller fédéral, toujours ouvert au dialogue.

Revenons à votre année de présidence: aimez-vous être sous le feu des projecteurs? Etes-vous à l'aise lors des visites d'Etat et des soupers de gala?

Je ne cherche pas à me mettre sous le feu des projecteurs, mais ça fait partie de cette fonction. Chaque visite d'Etat, à laquelle j'ai participé au cours des cinq dernières années, était un très bel événement. J'ai passé toute une soirée assis à côté de François Hollande. On s'est tutoyé tout en parlant de nos deux pays. C'était très intéressant. Je lui ai notamment expliqué comment j'étais parvenu à surmonter «d'une manière suisse» la crise économique dans mes anciennes entreprises en France. Lorsque les commandes s'étaient effondrées, j'avais renvoyé mes employés à la maison pendant onze mois tout en leur versant la totalité de leur salaire. Quand ils sont revenus travailler, la production allait à nouveau bon train grâce au maire qui nous avait accordé des autorisations bien au-delà des heures hebdomadaires permises. François Hollande m'écoutait attentivement.

Quel autre chef d'Etat vous réjouissez-vous de rencontrer?

Je me réjouis tout particulièrement des rencontres avec nos voisins de Vienne, Paris, Berlin et Rome. Car c'est ces voisins-là qui devront dire à Bruxelles: «Nous voulons trouver une solution avec la Suisse.»

Il vous reste donc à convaincre Angela Merkel?

Ça ne sera pas facile. Mais Berlin est un des partenaires les plus importants pour la Suisse.

Votre femme se réjouit-elle de vous accompagner à l'étranger?

Nous avons décidé il y a de nombreuses années de bien séparer vie professionnelle et privée. Elle aime bien m'accompagner aux visites d'Etat. Mais elle est aussi très contente lorsque sa vie privée est à nouveau respectée. Elle ne cherche pas à se mettre sur le devant de la scène.

Plusieurs personnes critiquent votre manière de communiquer. Est-ce que ça vous blesse?

Je me concentre sur le résultat du Parlement qui m'a bien réélu et qui a ainsi reconnu mon travail. Je pense que je fais de mon mieux pour que presque tout le monde en Suisse puisse avoir un emploi et une perspective. Surtout les jeunes! C'est ce qui compte au final.

Aimez-vous faire des discours?

Ça dépend du cadre. Mais ça ne m'enchante pas toujours de la même manière.

Regardons dans le futur. De quoi les Suisses devraient-ils se rappeler une fois votre année présidentielle terminée?

Je voudrais que les Suisses se rappellent d'un Conseil fédéral composé de quatre partis et ayant contribué à faire en sorte que la Suisse reste un pays compétitif et innovant. Je suis fier que le taux de chômage des jeunes ne s'élève qu'à 3% chez nous. Même si, dans les faits, chaque jeune chômeur est un chômeur de trop. Mais des situations comme en France avec un taux de chômage des jeunes avoisinant les 25% sont dramatiques.

Que se passera-t-il après 2016? Vous aurez 65 ans. Allez-vous quitter le Conseil fédéral à l'apogée de votre carrière?

Je ne peux pas vous faire cette promesse (rires). J'aime mon travail. L'avenir dépendra de plusieurs facteurs politiques et privés. Mais le slogan suivant est un des éléments phares de mon initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié: jusqu'à la retraite et au-delà.

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