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Théâtre (GE)«Notre projet pour la Comédie n'est pas élitiste»

La Genevoise Natacha Koutchoumov et le Vaudois Denis Maillefer ont été nommés pour six ans à la tête du futur grand théâtre du bout du lac.

par
Jérôme Faas

Après des années à parler architecture et gros sous, on va enfin pouvoir parler théâtre. Ce mardi, la Nouvelle Comédie a été dotée d'une direction et d'un projet. L'enveloppe a désormais un contenu. La comédienne genevoise Natacha Koutchoumov et le metteur en scène lausannois Denis Maillefer constitueront le tandem qui prendra en juin les commandes de l'institution, appelée à devenir l'un des phares des arts de la scène romands.

Accent sur la danse

Le duo désire créer une troupe de comédiens propre à l'institution, pratique peu courante en Suisse. Et il imagine faire travailler avec cette troupe, notamment, des metteurs en scène étrangers. «Nous avons beaucoup voyagé ces derniers mois», expliquent-ils. La danse contemporaine occupera une place importante dans leur projet, que Natacha Koutchoumov décrit ainsi : «du théâtre d'aujourd'hui avec de la danse d'aujourd'hui, et la performance au centre.»

«Toucher le plus grand nombre»

La performance semble être un élément central de leur volonté d'attirer tous les publics, même les plus éloignés du théâtre. «On veut donner ce ton aux spectacles: vous n'avez jamais vu ça et en même temps vous pouvez y amener n'importe qui», résume Denis Maillefer. Il assure que le projet du duo n'est «absolument pas élitiste. On rêve de théâtres pleins. Il est clair que nous pensons que le théâtre le plus singulier peut toucher le plus grand nombre. On pense toujours, avant de faire quelque chose, aux gens de nos familles qui ne sont pas proches du milieu théâtral.»

Faire du théâtre un loisir

«On ne laissera personne à quai, expliquait peu avant Natacha Kouthchoumov. Ni ceux qui n'ont pas accès à la culture, ni ceux qui ne poussent plus la porte des salles de spectacle.» Comment s'y prendront-ils ? «Il y a la manière de communiquer, déjà. Les réseaux sociaux», esquisse Denis Maillefer. Mais pas seulement. Il prévoit «un gros travail à faire auprès de la population. Il faudra des spectacles sous-titrés, ou carrément en langues étrangères.» Il parle aussi des jeunes. «Notre modèle, c'est de leur faire retrouver le chemin du théâtre, que celui-ci redevienne un loisir.»

Un café-restaurant sera ouvert toute la journée, «avec des prises électriques pour que les gens puissent y travailler, et des prix accessibles.» Le tandem souhaite une Nouvelle Comédie ouverte aux écoles et au grand public, «un endroit où l'on est en travail et où les spectateurs peuvent assister aux répétitions. Bref, «une fabrique de théâtre», image Natacha Koutchoumov.

Prix accessibles à tous

Cela passera aussi, confirme Denis Maillefer, par une politique tarifaire adaptée. «On n'a pas encore fait la grille, mais on a imaginé que jamais les prix ne constituent un handicap. Peut-être y aura-t-il deux ou trois soirs à moitié prix, des prix dégriffés, peut-être même en last minute. Il est normal que la culture ait un coût, mais pas que ce coût soit un obstacle.»

Troupe de quatorze comédiens

La nouvelle direction de la Comédie veut fonctionner avec une troupe à demeure, forte de neuf comédiens confirmés et cinq jeunes acteurs. A cette équipe fixe s'ajouteront des embauches au coup par coup, «35% à 40% de l'ensemble, évalue Natacha Koutchoumov. On sera de toute façon l'un des grands employeurs romands de comédiens.» Quant au personnel actuel, le duo commencera à travailler avec lui. «Puis on va établir un cahier des charges très précis, et on verra qui peut et veut s'y inscrire», expose Denis Maillefer. En tout état de cause, «il y aura des postes supplémentaires».

Coup d'envoi dans trois ans

Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer entreront en fonction le 1er juin. Dans un premier temps, ils géreront l'actuelle Comédie, à Plainpalais. La Nouvelle Comédie sera construite aux Eaux-Vives, dans le quartier qui jouxtera la future gare du CEVA. Ce bâtiment coûtera 90 millions. Il comportera deux scènes et sera livré durant l'hiver 2019-2020. La première saison complète dans les nouveaux murs devrait donc être celle de 2020-2021. Selon le conseiller administratif Sami Kanaan, la subvention annuelle prévue «approche les 12 millions». L'institution actuelle perçoit 5,5 millions.

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