Motocross: «Notre sport est mal vu en Suisse»
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Motocross«Notre sport est mal vu en Suisse»

Valentin Guillod a 17 ans et la tête bien vissée sur ses épaules. Troisième du dernier championnat d'Europe, il exprime son plaisir de piloter, malgré les difficultés rencontrées.

par
Oliver Dufour
Valentin Guillod s'est offert un podium lors de sa première saison sur le circuit européen. (Photo: DR)

Valentin Guillod s'est offert un podium lors de sa première saison sur le circuit européen. (Photo: DR)

Il est bondissant et sourit beaucoup, Valentin Guillod. L'espiègle motard a décroché le 5 septembre dernier à Genève la médaille de bronze du championnat d'Europe en catégorie EMX2 (engins équipés d'un moteur quatre temps de 250cc). Un exploit réalisé lors de son baptême du feu sur le circuit international. Il s'agit d'une performance de choix pour le jeune Fribourgeois du Moto Club du Vully (FR) dans un sport qui, selon ses dires, ne sourit pas souvent aux Helvètes. Et vice-versa.

20 minutes online: Valentin Guillod, depuis quand pratiquez-vous le motocross?

Valentin Guillod: C'est ma quatorzième saison. J'ai tenu mon premier guidon entre les mains en 1996, à l'âge de 4 ans. C'était une petite 50cc que j'ai pilotée chez moi à Môtier, au bord du lac de Morat.

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette discipline?

Je ne sais pas trop. J'ai eu comme un flash la première fois que j'ai vu d'autres le pratiquer. Ça m'a donné envie aussi.

Et aujourd'hui?

Je suis sur le podium du championnat d'Europe (rire)! Ce qui me plait surtout c'est l'ambiance sur les circuits. J'adore voir tout ce qu'on peut réaliser avec une moto. Chaque tour de piste est complètement différent, je trouve ça fantastique.

C'est votre première saison en tant que professionnel. Comment vit-on du motocross en Suisse?

Mal! Pour des jeunes, c'est mieux d'avoir le soutien financier de ses parents, quand ils en ont les moyens. J'ai justement cette chance. Je vais aussi pouvoir travailler un peu pour mon père, qui est paysagiste, dans le but de gagner quelques sous. Il n'y a pas beaucoup de pros dans notre pays. Les deux plus connus sont les Genevois Julien Bill et Arnaud Tonus.

Quelle place tient ce sport mécanique chez nous?

Disons que nous ne sommes vraiment pas tombés dans le meilleur pays pour le pratiquer.

Et pourquoi donc?

On n'est pas très bien vu en Suisse. Les mentalités sont très particulières. Assez fermées. Et les groupes écologistes ont beaucoup d'influence pour nous empêcher de piloter. Mais on se débrouille toujours, en fin de compte. On trouve des circuits et des arrangements.

Qu'est-ce qui suscite cette attitude chez nos compatriotes, d'après-vous?

Peut-être cette fausse image que véhiculent les adeptes de motocross. On nous prend un peu pour des têtes brûlées qui sautent sur une moto en mettant les gaz à fond. Dans les années 80, les motards étaient aussi vus comme des gangs de casseurs, alors cette image est peut-être restée. Et nous avons le malheur de pratiquer un sport qui pollue et qui fait du bruit, alors...

C'est une réalité qui ne vous gêne pas?

Je ne crois pas que nous soyons plus pollueurs que d'autres. Nous sommes conscients de notre impact et nous n'en abusons pas. Avec les moteurs quatre-temps et le retrait de l'huile dans l'essence, de gros progrès ont été faits. Pour le bruit, nous avons le respect des autres et nous n'irons jamais piloter à des heures indécentes. Je crois que la professionnalisation du motocross aide aussi à passer un message plus positif aux gens.

En quoi est-ce différent ailleurs?

Dans d'autres pays d'Europe ou aux Etats-Unis, les coureurs bénéficient de l'aide d'excellentes fédérations, qui leur versent de l'argent pour les aider à progresser. Ce n'est pas le cas de notre Fédération Motocycliste Suisse (FMS). Et c'est moins difficile d'obtenir les autorisations de circuits à l'étranger.

Que reste-t-il comme solutions, dans ce cas?

On peut partir à l'étranger, par exemple. Je suis allé aux Etats-Unis durant quatre mois pour m'entraîner dur sous la conduite du Français Sébastien Tortelli (ndlr: double champion du monde de motocross – le plus jeune de l'histoire, à 18 ans – en 1996 et 1998). A mon retour, j'ai pu m'essayer au tour européen avec un certain succès. J'ai donc demandé à mon équipe de pouvoir terminer ce championnat, plutôt que notre calendrier national, ce qu'elle a accepté. C'est tout mon travail qui paie.

Comment voyez-vous votre avenir?

A court terme, j'espère trouver une équipe qui me permettra de concourir en MX2, une des catégories des championnats du monde. Plus tard, on verra. En motocross, une carrière peut durer en tout cas jusqu'à 30 ans. J'entrevois la mienne ainsi.

Sélectionné

Trois pilotes suisses représenteront notre pays au Motocross des Nations, qui se déroulera le week-end du 25 et 26 septembre 2010 sur le circuit de Thunder Valley à Denver (USA). Valentin Guillod aura le plaisir d'accompagner Arnaud Tonus et Grégory Wicht. Leur jeune équipe espère se classer dans le top 10.

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