Actualisé 25.02.2011 à 19:20

Kadhafi à ses partisans«Nous allons nous battre et nous vaincrons»

Mouammar Kadhafi est apparu vendredi sur la place Verte à Tripoli et a demandé à ses partisans de se préparer à «défendre la Libye».

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a invité vendredi ses partisans à «se battre» pour «vaincre» les protestataires assurant qu'il leur ouvrirait les dépôts d'armes s'il le fallait, au 11e jour de révolte dans son pays, selon des images diffusées par la télévision d'Etat.

Un bandeau sur la télévision d'Etat affirmait «en direct».

«Préparez-vous à défendre la Libye (...) Nous allons nous battre et nous les vaincrons», a lancé M. Kadhafi à plusieurs centaines de ses partisans, à la tombée de la nuit.

Ouverture des dépôts d'armes

«S'il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d'armes pour armer tout le peuple», a-t-il ajouté, depuis les remparts du fort ottoman qui surplombe la place Verte.

«Nous sommes prêts à faire face à toute offensive, je suis venu ici pour vous saluer et saluer votre courage, nous allons leur répondre», a-t-il encore dit.

«Je ne suis ni président ni roi, je n'ai aucune fonction mais ce peuple m'aime», a assuré le dirigeant libyen, un micro à la main, portant une chapka et un manteau noir. «Regarde Europe, regardez Etats-Unis, le leader est au milieu du peuple», a-t-il lancé.

«Chantez, dansez et préparez-vous»

«La vie sans dignité n'a aucune valeur, la vie sans drapeaux verts n'a aucune valeur», a-t-il dit, ajoutant : «Chantez, dansez et préparez-vous».

Alors que le «Guide» brandissait régulièrement le poing vers la foule, ses partisans agitaient le drapeau vert de la Libye et brandissaient des portraits du colonel Kadhafi. Ils scandaient «N'ayez pas peur pour la Libye, tant que Kadhafi s'y trouve» et «Dieu, Mouammar, Libye et c'est tout».

«Vous aimez la Libye, vous aimez le leader, donc défendez-les», avait déclaré auparavant un pro-Kadhafi dans un haut-parleur.

«Nous avons des chaînes satellitaires étrangères avec nous. Montrez-leur que nous aimons Mouammar Kadhafi», a-t-il ajouté.

Baisers à la foule

A la fin de son discours de quelques minutes, M. Kadhafi a lancé des baisers à la foule.

Il s'agissait de la troisième intervention du colonel Kadhafi depuis le début de l'insurrection dans le pays, le 15 février, mais la première devant la foule.

Jeudi, il avait pris la parole, lors d'un message audio diffusé par la télévision libyenne, pour la deuxième fois en 48 heures pour fustiger les contestataires et avait accusé Al-Qaïda d'être derrière les insurgés.

Mardi dans une allocution télévisée il avait appelé la police et l'armée à reprendre la situation en main, menaçant tout manifestant armé de la «peine de mort» et évoqué une possible «boucherie».

Auparavant dans la nuit de lundi à mardi, la télévision avait montré le colonel Kadhafi, en manteau, s'apprêtant à monter dans une voiture, un parapluie à la main, devant sa maison dans la résidence-caserne de Bab Al-Aziziya.

«S'il n'avait pas plu, je me serais adressé aux jeunes sur la place verte et j'aurais passé la nuit avec eux pour leur prouver que je suis toujours à Tripoli», avait-il affirmé selon l'agence officielle Jana.

La contestation, débutée le 15 février, s'étend de l'ouest de Tripoli à Benghazi, à 1.000 km à l'est de la capitale, dans des villes côtières ou proches des côtes de la Méditerranée, l'immense majorité du pays, à 93% désertique, étant épargné par les combats.

Vendredi, les forces loyales au régime libyen de Mouammar Kadhafi ont tiré sur des manifestants à Tripoli faisant au moins deux morts, après la prise de contrôle de l'Est du pays par l'opposition.

Démissions en série

Le régime Kadhafi a subi une nouvelle série de défections vendredi avec le ralliement à l'opposition de la totalité de la mission libyenne à Genève et de la totalité de celle auprès de la Ligue arabe, des ambassadeurs de Libye en France et auprès de l'UNESCO à Paris ainsi que de celui en poste au Portugal, et du plus haut diplomate libyen en Suède.

Alors que le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies était réuni en session extraordinaire sur la Libye à Genève, Adel Shaltut, deuxième secrétaire de la mission auprès de l'ONU à Genève, a demandé une minute de silence «en l'honneur de cette révolution» et informé le Conseil de la démission de toute la délégation. L'annonce spectaculaire a été saluée par une ovation debout de l'assemblée.

«Aujourd'hui, les jeunes de mon pays, cent ans après l'invasion fasciste italienne, écrivent avec leur sang un nouveau chapitre de l'histoire de la lutte et de la résistance», a déclaré M. Shaltut.

«Nous, la mission libyenne, avons catégoriquement décidé de servir en tant que représentants du peuple libyen et de son libre arbitre. Nous représenterons seulement le peuple libyen. Nous serons ses représentants auprès de cette auguste institution et des organisations internationales», a ajouté le diplomate.

Conseil des droits de l'homme

La Libye avait intégré le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU en mai 2010, dans le cadre de la réhabilitation de ce pays sur la scène internationale, après des années d'isolement dû à son soutien et sa participation au terrorisme. Le Conseil compte ainsi 47 Etats membres.

Au Caire, emboîtant le pas à leurs collègues basés à Genève, les 11 membres de la mission libyenne auprès de la Ligue arabe, ont publié en début de soirée vendredi un communiqué annonçant leur démission en bloc, et rejoignant les appels réclamant le départ du colonel Kadhafi. L'ambassadeur auprès de la Ligue arabe Abdel-Moneim al-Houni avait déjà démissionné dimanche, un des premiers à le faire.

Auparavant, à Paris, l'ambassadeur de Libye, Mohamed Salaheddine Zarem, ainsi que son homologue auprès de l'UNESCO, Abdulsalam el Qallali, avaient annoncé leur démission également. Ils sont sortis de l'ambassade dans l'après-midi et se sont adressés aux manifestants qui avaient passé la nuit devant le bâtiment et remplacé le drapeau libyen d'aujourd'hui par celui de la monarchie renversée par Moammar Kadhafi à son arrivée au pouvoir en 1969.

«Nous avons quitté nos postes»

«Nous condamnons la répression qui se déroule en Libye et l'extrême violence qu'emploient les milices des forces de sécurité contre des manifestants pacifiques qui demandent seulement la liberté et la dignité», a déclaré M. El Qallali. «Nous confirmons notre soutien à la révolution et nous avons quitté nos postes officiels», a-t-il ajouté.

Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, a affirmé que la police prenait «les mesures appropriées» pour protéger l'ambassade.

A Lisbonne, l'ambassadeur a annoncé à l'Associated Press qu'il démissionnait. «Je n'aime pas représenter des gens qui tuent mon peuple», a-t-il dit, dénonçant un «régime fasciste». A Stockholm (Suède), le chargé d'affaires de l'ambassade de Libye, Abdelmagid Buzrigh, a déclaré à l'Associated Press qu'il n'acceptait pas «le massacre de (son) propre peuple» mais qu'il ne démissionnait pas car il considérait qu'il servait le peuple libyen.

Les ambassadeurs libyens en Inde et au Bangladesh ont également déjà démissionné, tandis qu'aux Etats-Unis l'ambassadeur a exhorté le colonel Kadhafi à partir. Moammar Kadhafi a aussi subi ces derniers jours les démissions de ses ministres de la Justice et de l'Intérieur ainsi que celle de l'un de ses collaborateurs les plus proches. (afp)

Le Conseil des droits de l'homme demande la suspension de la Libye

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a condamné vendredi les violations massives et systématiques des droits humains en Libye, demandé leur arrêt immédiat et décidé la création d'une commission d'enquête internationale. Il a recommandé la suspension de la Libye.

Le texte adopté par consensus condamne fermement les violations systématiques des droits de l'homme en Libye, dont «des attaques indiscriminées contre des civils, exécutions sommaires, détentions arbitraires, arrestation et torture de manifestants pacifiques, dont certaines peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité». Il demande aux autorités libyennes de respecter la volonté du peuple.

La résolution présentée par l'Union européenne (UE) a été adoptée sans aucune opposition, malgré des réserves exprimées lors des débats sur la demande d'exclusion de la Libye, membre de cet organe depuis mai 2010. Formellement, c'est à l'Assemblée générale de l'ONU de prendre cette décision.

Le texte recommande à l'Assemblée générale de l'ONU, en raison des «graves violations systématiques des droits de l'homme commises par les autorités libyennes», de suspendre la Libye du Conseil. Plusieurs pays avaient craint que cette décision ne crée un précédent.

Le Conseil a décidé en outre d'envoyer d'urgence une commission d'enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur toutes les violations des droits humains en Libye, d'identifier leurs responsables et de faire des recommandations sur la manière de les poursuivre. Les membres de la commission d'enquête seront désignés par le président du Conseil.

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