Payerne: «Nous avons besoin d'un lieu de culte»
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Payerne«Nous avons besoin d'un lieu de culte»

Les musulmans, 13% des habitants du bourg, réclament une mosquée. Un dialogue est engagé avec la Municipalité. Mais la peur prévaut chez les Payernois.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye

«Les vendredis, nous nous rendons à Moudon (VD), à Fribourg ou à Morat (FR) pour prier. En tant que musulmans, nous voulons un lieu de culte dans notre lieu de vie.» Représentant des musulmans établis dans la capitale de la Broye, Mehdi Shahini a exprimé, au cours d'une séance publique tenue lundi soir à la paroisse catholique, l'incompréhension de sa communauté après le veto, en novembre dernier, de la Municipalité de Payerne à la construction d'un centre islamique.

«La liberté religieuse est un droit constitutionnel mais notre décision avait un lien avec la police des constructions et le droit de voisinage», a rappelé la syndique PLR Christelle Luisier Brodard.

La rencontre organisée par l'Union vaudoise des associations musulmanes a été l'occasion pour les catholiques et les protestants de marquer leur soutien aux musulmans. «Il est important de vivre sa foi là où on vit», a indiqué le pasteur broyard Laurent Zumstein, suscitant du coup les applaudissements nourris de femmes voilées. Revenant sur les problèmes liés à l'islam en Suisse, le sociologue Christophe Monnot a déclaré que «la législation peine à suivre l'évolution du paysage religieux suisse marqué désormais par le pluralisme».

La peur du musulman

Dans la salle, une diacre qui dit avoir discuté avec beaucoup de Payernois a transmis le résultat de ses recherches. «Le christianisme est en perte de vitesse alors que l'islam gagne du terrain. Un jour, notre religion va disparaître», tel est le sentiment, selon elle, de la population locale. L'islam est la confession d'environ 1200 personnes – majoritairement albanophones – qui résident à Payerne, soit 13% de la population de la ville broyarde.

Moudon (VD) citée en exemple

Alors que plusieurs intervenants ont cité la commune de Moudon (VD) comme «un exemple de dialogue interreligieux et d'intégration des musulmans d'origine étrangère», Jacques Henchoz, municipal payernois des cultes, a relevé que le problème des locaux est réel. «Nous ne voulons mettre des bâtons dans les roues d'aucune communauté», a-t-il déclaré.

Un endroit pour le repos éternel

En plus de l'érection d'un lieu de culte, les musulmans ont aussi émis le souhait d'avoir un carré dans le canton de Vaud pour leur repos éternel. «Je vis ici depuis 28 ans. Mes cinq enfants vivent ici. Je veux mourir ici», a lancé sous les vivats un Turc domicilié à Lausanne. «Emettre le souhait d'être enterré là où on vit est une preuve d'intégration», a alors commenté une personne de confession chrétienne.

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