Retrait américain d'Afghanistan - «Nous avons hérité d’une date butoir, nous n’avons pas hérité d’un plan»
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États-UnisAntony Blinken défend le retrait d’Afghanistan devant le Congrès

Devant le Congrès, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a défendu, comme il a pu, le retrait chaotique des forces américaines d’Afghanistan.

Antony Blinken a contre-attaqué en rendant l’ex-président Donald Trump en grande partie responsable de la situation.

Antony Blinken a contre-attaqué en rendant l’ex-président Donald Trump en grande partie responsable de la situation.

AFP

«Désastre cuisant», «trahison», «reddition inconditionnelle» face aux talibans: vivement critiqué par les élus républicains, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a tenté lundi de défendre le retrait chaotique d’Afghanistan mis en œuvre par Joe Biden devant un Congrès très remonté.

Avec plus de fermeté qu’il ne l’avait fait jusqu’ici, le très affable diplomate a contesté les accusations d’impréparation formulées jusqu’au sein de son camp démocrate. Et a contre-attaqué en rendant l’ex-président Donald Trump en grande partie responsable de la situation. «Nous avons hérité d’une date butoir, nous n’avons pas hérité d’un plan», a-t-il lancé lors d’une audition à la Chambre des représentants.

Il a estimé que lorsque le président Biden est entré à la Maison-Blanche début 2021, il n’avait d’autre choix que «mettre fin à la guerre ou engager une escalade»: «Les talibans étaient plus forts militairement que jamais» depuis les attentats du 11 septembre 2001 qui avaient déclenché l’intervention occidentale, tandis que l’armée américaine n’avait jamais eu aussi peu d’hommes sur le sol afghan.

Scénario catastrophe

En cause, l’accord conclu par l’administration Trump avec les talibans, gravant dans le marbre le retrait total des forces étrangères d’Afghanistan -- et permettant au passage la libération de 5000 insurgés, «y compris d’importants commandants».

Décidé depuis longtemps à mettre fin à la plus longue guerre de l’histoire américaine, le président démocrate a confirmé au printemps ce retrait total initié par son prédécesseur républicain. Mais sans cet accord, il ne l’aurait «pas nécessairement fait selon ce calendrier» ni «de cette manière», a martelé Antony Blinken.

Si le désengagement d’Afghanistan était défendu par une grande part de la classe politique américaine, sa mise en œuvre est critiquée de tous les côtés. Car le départ a tourné au scénario catastrophe: le gouvernement afghan s’est effondré et les talibans, chassés il y a 20 ans, ont repris le pouvoir avant même que le dernier soldat américain ait quitté Kaboul.

«Nous nous sommes préparés»

À la hâte, les États-Unis ont dû monter un gigantesque pont aérien pour évacuer les étrangers et les Afghans susceptibles de représailles de la part des nouveaux maîtres islamistes du pays. Et 13 militaires américains ont été tués lors d’un attentat djihadiste visant cette opération.

«Le président a refusé d’écouter ses propres généraux et les responsables du renseignement, qui l’avaient prévenu précisément de ce qui se passerait lors de notre retrait», a affirmé l’élu républicain Michael McCaul, dénonçant un «désastre cuisant» et une «reddition inconditionnelle face aux talibans». Il a accusé le duo Biden-Blinken d’avoir «rompu la promesse» de n’abandonner aucun Américain sur place. «Vous rendez tout le monde responsable de ce désastre sauf vous-mêmes et les talibans», a ironisé son collègue Dan Meuser.

Si la plupart des démocrates avaient mis en sourdine les critiques émises depuis août, les républicains ont eux multiplié les attaques pendant plus de cinq heures, certains allant jusqu’à réclamer la démission du secrétaire d’État. «Vous avez manipulé les renseignements», a scandé ainsi à plusieurs reprises Brian Mast, en brandissant les portraits de militaires tués fin août à Kaboul.

«Ce que vous avez dit est tout simplement faux», a répondu Antony Blinken, qui a brièvement perdu son calme habituel lorsque le député Ronny Jackson l’a accusé d’exploiter le décès de ces Marines. «Je rends des comptes», a-t-il aussi répliqué à une élue qui l’accusait de «trahison». «Nous avons fait ce qu’il fallait», a-t-il martelé, visiblement piqué au vif.

124’000 évacués

Sur le fond, le chef de la diplomatie américaine a expliqué que «même les analyses les plus pessimistes n’avaient pas prévu l’effondrement des forces gouvernementales à Kaboul avant le retrait des forces américaines». Mais «rien ne montre que rester plus longtemps aurait rendu les forces de sécurité afghanes plus résilientes ou autonomes.»

«Pour autant, a-t-il plaidé, nous nous sommes préparés à un grand nombre de scénarios», ce qui a permis selon lui d’évacuer 124’000 personnes. C’est le point faible d’Antony Blinken, accusé de n’avoir pas fait suffisamment, dans les mois avant la date butoir du 31 août, pour évacuer les ressortissants américains et les Afghans ayant travaillé pour les États-Unis.

Le ministre a, là aussi, affirmé avoir relancé l’attribution de visas spéciaux aux interprètes et autres auxiliaires afghans de Washington, laissée «au point mort» par l’administration Trump. Mais ce processus très bureaucratique est resté extrêmement poussif jusqu’au sauve-qui-peut final.

Le Pentagone soutient les initiatives d’anciens combattants

Le Pentagone soutient des initiatives privées d’anciens combattants qui tentent encore d’aider des Afghans à risque à quitter leur pays, a indiqué lundi le porte-parole de l’armée américaine, John Kirby.

Le ministre de la Défense Lloyd Austin «partage les inquiétudes que beaucoup de ces groupes d’anciens combattants et de ces vétérans ont pour nos alliés afghans qui sont toujours là-bas et qui veulent quitter le pays», a indiqué John Kirby au cours d’un point de presse. «Nous pensons que c’est pour nous une obligation sacrée envers ceux qui nous ont aidés depuis 20 ans.»

De nombreux anciens militaires américains ayant combattu en Afghanistan sont restés en contact avec leurs collègues de l’armée afghane ou les interprètes afghans avec qui ils ont partagé le quotidien et qui parfois leur ont sauvé la vie. Lorsque les talibans ont pris Kaboul le 15 août, leurs anciens collègues afghans leur ont envoyé des messages paniqués, et certains groupes se sont organisés pour les secourir.

Plusieurs groupes de vétérans se sont mobilisés et poursuivent leurs efforts aujourd’hui, les aidant à obtenir des visas ou les guidant par téléphone pour échapper aux talibans. John Kirby est resté vague sur la façon dont le Pentagone avait l’intention de continuer à soutenir ces groupes. «Il n’y a pas de rôle militaire actif dans ces efforts», a-t-il précisé. «Juste le ministère de la Défense qui aide les organisateurs à établir des contacts.»

(AFP)

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