Environnement : «Nous craignons que cet hiver, le dérangement des espèces ne perdure»
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Environnement «Nous craignons que cet hiver, le dérangement des espèces ne perdure»

Les ventes de matériel de ski de randonnée et de raquettes augmentent en ce début décembre. L’afflux de promeneurs constaté ce printemps dans la nature fait craindre leur retour. De quoi perturber les habitants de nos forêts.

par
Lauren von Beust
En Romandie, on craint que l’afflux de randonneurs perturbe la faune. Image d’illustration. 

En Romandie, on craint que l’afflux de randonneurs perturbe la faune. Image d’illustration.

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Ce printemps, pendant le confinement, les citadins ont été beaucoup plus nombreux à se rendre en forêt chaque jour, qu’au cours d’un printemps normal. De nombreux promeneurs avaient vu en la nature un moyen d’entretenir la forme physique et la santé mentale. En ce début d’hiver, les skis de randonnée, skis de fond ou raquettes ont la cote. C’est ce que révèle cette semaine la chaîne valdo-fribourgeoise La Télé. Du côte genevois, les magasins de sport constatent aussi de nouveaux adeptes du ski de randonnée. Nombre d’entre eux y pensaient déjà les précédentes années, mais profitent de cette année si particulière pour faire le pas. Cet hiver, on craint l’impact d’un afflux de promeneurs sur les habitants de nos forêts.

Crainte pour la faune

«Au printemps, l’augmentation de la fréquentation des sites naturels a indiscutablement eu des impacts. Ils sont cependant difficiles à quantifier, car rarement immédiats, explique Alain Rauss, chef des gardes genevois de l’environnement. Nous craignons que cet hiver, le dérangement des espèces ne perdure, car c'est précisément cet effet de répétition qui pose problème.» Le spécialiste de la faune confie par exemple «qu’un cerf dérangé régulièrement dépense ainsi des calories et s'affaiblit pour rien». Alain Rauss indique que l’impact des randonneurs sur la faune sera différent par rapport au printemps, car la saison hivernale n’est pas celle de la reproduction, mais une période durant laquelle les animaux doivent économiser leurs forces pour survivre.

Même si l’hiver est une période critique pour la faune – Covid ou pas –, le canton du Valais n’est pas particulièrement inquiet pour l’instant. «La majorité des randonneurs suivent les sentiers balisés et homologués, déclare Yvon Crettenand, responsable scientifique du Service de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF). Les dérangements liés à un afflux massif de promeneurs pourraient s’avérer dramatiques pour la survie des animaux si l’hiver devait être rude, avec d’abondantes chutes de neige. Et le danger serait encore plus marqué en cas d’hiver prolongé sur les mois de mars et avril.»

Garder les chiens en laisse

Les deux cantons romands s’accordent à dire qu’il est actuellement difficile d’évaluer quel sera l’afflux réel de randonneurs à skis ou à raquettes. Aucune campagne de prévention n’est pour l’instant prévue. «Il est évident que si nous devions constater ces prochaines semaines des dérangements importants, nous prendrions des mesures pour inciter la population à respecter la tranquillité de la faune sauvage. Nous l’avons déjà fait à plusieurs reprises dans des épisodes hivernaux critiques», informe Yvon Crettenand.

Les randonneurs en forêt sont donc invités à se comporter de manière responsable en suivant les itinéraires balisés et à tenir leurs chiens en laisse pour éviter les mises en fuite d’animaux sauvages. «La conservation des espèces relève de la responsabilité de chaque utilisateur de la nature», conclut le responsable scientifique valaisan.

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