Actualisé 14.07.2020 à 06:36

Enlevé en Malaisie

«Nous n’arrivons pas à faire notre deuil»

Un pasteur chrétien, ayant eu des démêlés avec les autorités islamiques, n’a plus donné signe de vie depuis 2017. Sa femme se bat pour connaître la vérité, tout en gardant un espoir fou de le retrouver.

de
Sophie Zuber
 Cela fait trois ans que Susanna Liew n'a pas vu son mari. Elle et leurs trois enfants ne savent toujours pas s'il est vivant ou mort.

Cela fait trois ans que Susanna Liew n'a pas vu son mari. Elle et leurs trois enfants ne savent toujours pas s'il est vivant ou mort.

AFP

Cela fait trois ans que Susanna Liew n'a pas vu son mari, un pasteur malaisien. Comme ses trois enfants, elle ignore s'il est vivant ou mort, mais poursuit ses efforts sans relâche pour le retrouver après un enlèvement brutal.

Depuis qu'il a été sorti de force de sa voiture par des hommes masqués qui l'ont kidnappé il y a trois ans dans la périphérie de la capitale malaisienne, le pasteur protestant Raymond Koh n'a donné aucun signe de vie. «Je mène une quête pour découvrir la vérité et pouvoir trouver l'apaisement», dit la femme de 63 ans, très croyante.

D'autres disparitions de membres de minorités religieuses en Malaisie, pays en majorité musulman, font craindre pour la liberté religieuse dans un pays où l'islam traditionnel était jusqu'à présent plutôt tolérant.

La police affirme qu'elle a mené une enquête poussée mais personne n'a encore été condamné à ce jour, et une enquête indépendante a conclu que des «agents de l'Etat» étaient probablement impliqués.

Au péril de sa vie, Susanna Liew continue à réclamer publiquement la lumière sur le kidnapping de son mari et d'autres disparitions. «C'est très difficile parce que nous n'arrivons pas à faire notre deuil», dit la femme du pasteur.

Raymond Koh, qui avait alors 63 ans, a été enlevé en février 2017 dans la banlieue prospère où il vivait à proximité de Kuala Lumpur. Des images de camera de surveillance montrent un kidnapping particulièrement violent, selon son épouse.

Plusieurs disparitions

«On y voit trois gros véhicules tout terrain noirs qui bloquent son véhicule derrière et sur le côté. Un homme sort, brise la fenêtre, le sort de la voiture et le place dans un autre véhicule. Puis quelqu'un entre dans sa voiture et démarre. Ça dure juste 40 secondes».

Cet enlèvement brutal a choqué la Malaisie, un pays multiethnique qui abrite une importante minorité chrétienne. Le pasteur avait déjà eu des démêlés avec les autorités islamiques et une association qu'il a contribué à fonder a été accusée d'essayer de convertir des musulmans.

Ses soutiens pensent qu'il a pu être enlevé en raison de ses activités religieuses et en appellent aux autorités mais l'enquête n'a progressé que très lentement.

La Commission des droits de l'Homme de Malaisie, qui a un rôle consultatif, s'est penchée sur la disparition de M. Koh et celle de trois autres membres de communautés religieuses.

L'activiste chiite Amri Che Mat, le pasteur protestant Joshua Hilmy et sa femme Ruth ont aussi disparu au cours de la même période, de la fin 2016 au début 2017.

La commission a conclu que Raymond Koh et Amri Che Mat avaient probablement été enlevés par les forces spéciales de la police, qui a déjà été accusée de coopérer avec les autorités religieuses. Des conclusions vivement contestées par le chef de la police alors en fonction.

Le pays de 32 millions d'habitants est constitué à 60% de Malais de religion musulmane sunnite qui cohabitent sans problème avec les autres communautés mais une montée des courants conservateurs fait craindre une progression des discriminations contre les minorités.

«J’ai de l’espoir parce que j’ai la foi»

Susanna Liew

Susanna Liew s'inquiète d’une «montée du radicalisme» en Malaisie avec des enseignants formés au Moyen Orient qui reviennent avec une conception radicale de l'islam.

A l'issue de l'enquête, un chauffeur de VTC a été arrêté et accusé en 2018 de l'enlèvement de Raymond Koh et d'une tentative d'extorsion de fonds visant son fils, mais son procès est encore en cours. La police n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

En février Susanna Liew a ouvert des poursuites au civil contre le gouvernement et elle continue à faire tout ce qu'elle peut pour que l'affaire reste dans l'actualité.

En mars, son combat a été récompensé par un prix du département d'Etat américain pour la lutte en faveur des minorités religieuses. Et elle n'a pas perdu l'espoir de retrouver son mari vivant.

«Nous ne savons pas où il est, dans quelle condition, s'il est vivant ou non». «Mais j'ai de l'espoir, parce que j'ai la foi», déclare-t-elle.

(AFPE)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!