Genève: «Nous refusons de museler la presse. C’est soviétique»
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Genève«Nous refusons de museler la presse. C’est soviétique»

Le Conseil municipal d’Onex a adopté dans la révision de son règlement un article interdisant aux journalistes de filmer lors de ses séances. Une atteinte à la liberté de la presse estime la droite qui a déposé un référendum.

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Leila Hussein/Francesco Brienza
La cité d'Onex.

La cité d'Onex.

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«Les atteintes à la liberté de la presse, on n’en veut pas. Nous refusons de museler la presse. C’est soviétique», ne décolère pas Nathalie Keller, 1ère vice-présidente du Conseil municipal d’Onex (GE). Raison de son irritation: un nouvel article ajouté au règlement communal interdisant toute personne, journalistes compris, «de filmer, de photographier, de téléphoner ou d’enregistrer» lors des débats du Conseil municipal (voir encadré). Une problématique révélée mi-décembre par TV Onex. Voté le 15 décembre dernier, la révision du règlement a été acceptée de justesse, selon le schéma onésien désormais bien connu, la gauche majoritaire versus la droite minoritaire. «Ça s’est joué à une ou deux voix près», confirme Nathalie Keller qui ne s’avoue pas vaincue. Son parti, Echo-Vert’Libéraux, s’est associé avec le PLR et l’UDC pour déposer un référendum. «La question reste de savoir s’il portera uniquement sur l’article concerné ou sur l’ensemble du règlement. Nous sommes en train de travailler dessus», confie l’élue. L’administration de la commune a été informée mardi de cette demande de référendum.

Autorisations délivrées par le Conseil administratif

L’article 62 alinéa 5 de la révision du règlement votée lors de la dernière séance du Conseil municipal, le 15 décembre, précise que l’interdiction ne s’applique pas dans le cas où la séance est retransmise dans son intégralité. Pour les journalistes souhaitant réaliser d’autres prises de vue, une demande doit être faite. «C’est le conseil administratif qui délivre les autorisations. Ça aussi, c’est une chose qui nous dérange», confie la 1ère vice-présidente du Conseil municipal.

«Rien de nouveau sous le soleil»

Carole-Anne Kast, conseillère administrative d’Onex relativise l’ajout de ce nouveau texte dans le règlement. «Ce n’est qu’une manière de pérenniser une pratique déjà en place depuis longtemps. Les journalistes nous demandent l’autorisation, nous la leur accordons et ils viennent filmer. Rien de nouveau sous le soleil.» Pourquoi donc décider aujourd’hui d’introduire cette interdiction dans le règlement? «Ce n’est pas une demande du Conseil administratif. C’est un texte qui a été travaillé sous l’ancienne législature. A l’époque, nous avons connu des abus. Un conseiller municipal avait filmé à son insu un adversaire politique et avait posté le contenu sur les réseaux sociaux avec des commentaires dénigrants. C’est pour éviter que ça ne se reproduise. Les journalistes ne sont pas la cible du texte, c’est le public et les politiques», assure Carole-Anne Kast. Un argument qui ne trouve pas grâce aux yeux de Nathalie Keller: «La loi est déjà là pour condamner ce type d’abus, pas besoin d’être plus contraignant. Nous nous questionnons sur la légalité d’une telle interdiction».

Interdire aux journalistes de filmer: légal ou pas?

Pour le spécialiste en droit des médias, Bertil Cottier, la réponse est clair: «C’est totalement disproportionné. La liberté de la presse est un droit fondamental. Pour le restreindre, il faut que plusieurs conditions soient réunies, notamment la notion de proportionnalité et celle d’intérêt public prépondérant. Or, ici, ce n’est pas le cas. A moins d’avoir peur d’être envahi par les caméras, je ne vois pas quel est l’intérêt public d’interdire aux journalistes d’assister aux séances, bien au contraire. Cette restriction est beaucoup trop vaste et générale. Elle ne prend pas en compte le travail et la mission des médias, dans un univers où l’image tient une place importante. Selon moi, c’est effectivement une atteinte à la liberté de la presse. La même règle est valable pour toutes les autorités législatives qu’elles soient petites ou grandes.»

Une restriction répandue à Genève?

Cette interdiction inquiète également Impressum. L’association de journalistes suisses a d’ailleurs jugé nécessaire de faire part de ses craintes au service des affaires communales en lui adressant une lettre le 18 décembre. Dominique Diserens, secrétaire centrale d’Impressum, y dénonce une atteinte à la liberté de la presse et demande au service de se positionner sur la problématique. Contacté, le département de la cohésion sociale en charge de ces questions ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet à ce stade.

L’inquiétude du groupement de journalistes est d’autant plus grande que l’association a appris l’existence de restrictions similaires dans d’autres communes du canton, comme celle de Versoix. Après vérifications de notre part, c’est aussi le cas au Grand Conseil de Genève. «L’accès à la salle du Grand Conseil est réservé aux membres du parlement. Si des représentants de la presse souhaitent venir prendre des photos ou filmer une partie de la séance, ils doivent recueillir au préalable l’accord du Président du Grand Conseil», indique le sautier Laurent Koelliker.

Dans le canton de Vaud, le site officiel des autorités annonce que les séances du Conseil général ou communal sont publiques. Pour les prises d’images, la pratique varie néanmoins en fonction de la commune. Dans les villes de Lausanne et de Vevey par exemple, elle ne nécessite pas d'annonce préalable. En revanche, il est possible qu'un président de conseil communal refuse la prise d'images sur un point précis de l'ordre du jour. Ça été le cas en 2018, à La Praz, lorsqu'un projet de parc éolien controversé avait divisé la commune.

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195 commentaires
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Genève Faillite

26.12.2020, 21:32

C'est fou comme l'Etat ferme les yeux sur les nouveaux ghettos de Genève! Ces nouveaux ghettos profitent de services d'excellentes qualités, traducteurs, associations très actives, formidables groupes d'animations, protections, les aides à toucher à tous les niveaux....Onex, Vernier.... tout cela sur le dos des travailleurs suisses toujours plus pauvres.

Yvan Descloux-Rouiller

26.12.2020, 16:49

La presse Suisse-Romande à Onex est inutile puisque la majorité des habitants ne parle pas le français !!

Foie gras miam miam

26.12.2020, 13:19

Alors les communistes et communistes verts, ça va ? Pas à vélo aujourd’hui ? Il fait beau pourtant et le vélo c’est votre vie ça va sauver la planète. J’espère que vous avez pas fêté Noël c’est interdit pour vous