Cinéma: «Nous serons toujours dépendants de ce genre de films»

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Cinéma«Nous serons toujours dépendants de ce genre de films»

La sortie de «Kaamelott» a été repoussée à cause du couvre-feu imposé en France. Les salles de ciné romandes vont en pâtir.

par
Marine Guillain

L’annonce est tombée lundi. «Kaamelott - Premier volet», adaptation de la série à succès, ne sortira pas comme prévu le 25 novembre. Ni en France, ni en Suisse. Le couvre-feu imposé depuis samedi à 21h dans une dizaine de villes de l’Hexagone en raison du coronavirus pourrait être fatal pour une production à si gros budget, et la Suisse n’a d’autre choix que de suivre la décision du distributeur français.

Le hic, c’est que le report de la comédie d’Alexandre Astier n’est pas le premier, et certainement pas le dernier. «Le nouveau «James Bond», «Black Widow» (repoussés au printemps prochain) et «Wonder Woman» (seulement repoussé au 30 décembre pour l’instant) sont les trois blockbusters dont nous aurions vraiment eu besoin pour retrouver une situation économique saine», explique Nicolas Cumin, directeur de Pathé Genève. Sans compter «Dune» (reporté à l’automne 2021), ainsi que la perte de «Mulan» et du film d’animation «Soul», que Disney a décidé de sortir directement sur sa plateforme («Mulan» depuis septembre et «Soul» le 25 décembre 2020).

«Nous serons toujours dépendants de ces bons films et nous avons besoin que les distributeurs se servent du cinéma pour proposer leurs meilleures productions, poursuit Nicolas Cumin. Là on n’a d’autre choix que de sortir du schéma classique et d’être plus inventifs: par exemple en ressortant des classiques, en montrant plus de films en version originale, en diffusant des reprises des opéras les plus connus ou encore en organisant un festival de films d’animation pour les enfants.»

Première conséquence

Retour à l’actualité française. «Le report de «Kaamelott», c’est la première conséquence du couvre-feu français, soupire Nicolas Cumin. Bien sûr, on a peur qu’il y en ait d’autres, et peur de l’impact que ça pourrait avoir.» Certains films semblent assurés de sortir, comme «Aline», de Valérie Lemercier, qui «sera sous les feux de la rampe car il n’y aura que ça». «Adieu les cons», d’Albert Dupontel, est sorti ce mercredi car il était trop tard pour le reporter. Toute la promo avait déjà été faite. Mais qu’en sera-t-il des prochains?

«La programmation de films français était vraiment alléchante pour novembre, avec «Aline» le 11, «Gagarine» et «Mandibules» le 18, «Rouge» le 25, note Laurent Dutoit, exploitant des cinémas City, Scala et Nord-Sud à Genève. Nous comptions beaucoup sur ces films». Il est encore trop tôt pour savoir s’ils seront maintenus, mais «s’ils sont tous reportés ce sera la galère. Certaines salles ne tiendront pas et devront fermer.»

La réouverture des salles en juin n’a déjà pas été facile. Il y a ensuite eu une hausse des fréquentations en août et septembre avec «Tenet» et «Les enfants du Platzspitz» du Suisse Pierre Monnard, mais l’automne ne va pas fort. Ce week-end, la fréquentation globale sur l’ensemble des salles en Suisse était en baisse de 70% par rapport aux mêmes dates l’an passé.

À l’image du Zinema et du Cinerama Empire, d’autres cinémas indépendants sont moins touchés par les reports de blockbusters puisqu’ils n’en projettent que peu ou pas du tout: «Comme je ne programme des films français qu’au coup par coup et que les Disney sortent dans mes cinémas uniquement en version originale sous-titrée, il n’y a pas un impact particulier à redouter, explique Didier Zuchuat, administrateur du Cinerama Empire et du Ciné 17. Il y a toujours de nombreux films intéressants qui restent dans les tiroirs, ajoute-t-il, mais la situation est préoccupante. Particulièrement pour les multiplexes.»

Mesures suisses

Quid des mesures sanitaires renforcées en Suisse depuis lundi? Ont-elles un impact sur les cinémas? «C’est à double tranchant, estime Laurent Dutoit. Le port du masque rendu obligatoire dans tout le pays va en rassurer certains, tandis que d’autres préféreront rester chez eux et éviter au maximum de sortir.» Pour sa part Laurent Toplitsch, exploitant du Zinema, juge que «le port du masque obligatoire même pendant la séance est une grande idée qui permet de vendre toutes les places». Selon Nicolas Cumin, «les 1ers feedbacks des spectateurs sont bons, avec aucun retour négatif des clients, qui sont maintenant habitués au port du masque dans les espaces publics».

Du côté du GIFF, qui débutera dans deux semaines à Genève, pas d’inquiétudes spécifiques liées aux mesures renforcées: «Nous avions anticipé un éventuel scénario de la sorte et ainsi il avait déjà été réfléchi aux adaptations importantes que le festival allait devoir mettre en place cette année», nous informe-t-on. Afin d’éviter toute concentration trop importante de festivaliers et festivalières, le GIFF s’étendra cette année sur davantage de sites, renoncera aux soirées festives, impose le port du masque sur tous ses sites et a mis en place un plan de protection stricte dans toutes ses salles.

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