Ouvrier disparu: «Nous sommes dans le flou»
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Ouvrier disparu«Nous sommes dans le flou»

Alors que les recherches se poursuivent pour retrouver l'ouvrier disparu mercredi dans le Rhône suite à un accident de chantier, le temps des questions a sonné.

par
tpi

«Nous sommes dans le flou», lâche Claudio Bailo, chef du service cantonal de construction des ouvrages d'art. Ce spécialiste de la réalisation de ponts ne s'explique toujours pas comment un drame pareil a pu se produire sur un chantier dont son service est partie prenante.

Y a-t-il eu un manquement aux règles de sécurité? L'enquête de la police le dira, répond-il. Trop tôt également, selon lui, pour chercher les responsables de ce drame du travail qui a sans doute coûté la vie à un homme. En effet, jeudi en fin d'après-midi, la police n'avait toujours pas réussi à retrouver l'ouvrier disparu, malgré l'important dispositif mobilisé par les secours.

Claudio Bailo précise simplement qu'un protocole de sécurité – un plan hygiène et sécurité (PHS) selon la terminologie technique – a été établi par un ingénieur spécialisé avant le début des travaux. Des simulations ont été faites à partir de ce plan et «apparemment le PHS était viable», commente-t-il. Lundi, une séance doit réunir les principaux acteurs du chantier pendant laquelle il sera vraisemblablement question de sécurité.

Double chavirement

Pourtant comment expliquer que pas seulement une, mais deux barques de chantier se sont retournées successivement, projetant à l'eau trois personnes? Car l'enquête de police a permis d'éclaircir certains points du déroulement de l'accident. Il apparaît ainsi qu'un bateau occupé par deux ouvriers travaillant sur la rive droite du Rhône a été appelé à se déplacer en direction de la rive gauche. Et c'est en contournant les Halles de l'Ile qu'un premier chavirement s'est produit pour des raisons encore inconnues, explique le porte-parole de la police cantonale Patrick Pulh.

L'un des hommes a été emporté par le courant en direction du barrage du Seujet – c'est l'individu qui est toujours porté disparu. Dans le même temps, son compagnon d'infortune a pu rejoindre le quai où il a immédiatement embarqué à bord d'une seconde barque, en compagnie d'un collègue, pour porter secours à l'ouvrier en perdition. Et c'est lors de cette tentative de sauvetage de fortune que le second chavirement s'est produit. Si ces deux hommes ont pu être secourus sains et saufs, comment est-il possible que par deux fois, les ouvriers ont perdu la maîtrise de leur embarcation?

Les normes de sécurité ont-elles été bafouées? «No comment», répond Patrick Pulh. Les ouvriers sont-ils vraiment formés à la navigation sur le Rhône? La société de construction Marti qui exploite le chantier fait silence radio.

Le chantier suspend son activité

En attendant de trouver des réponses à ces questions, les travaux ont été suspendus sur le chantier des Ponts de l'Ile jusqu'à lundi. De sa propre initiative, l'entreprise de construction a décidé d'interrompre temporairement ses activités et d'offrir à ses employés un soutien psychologique. Sur les chantiers adjacents, en revanche, les marteaux piqueurs ont repris leur balais.

Mais les ouvriers ont le cœur lourd. «On est triste ici. Je ne connaissais pas forcément très bien la victime, mais tous les ouvriers mangent ensemble à midi, alors ça fait mal», explique l'un d'entre eux. S'il n'a rien vu du drame, il précise toutefois que les deux ouvriers rescapés étaient présents, ce jeudi, sur les Ponts de l'Ile pour répondre à une convocation des enquêteurs de la police. Un temps hospitalisé, l'un des deux hommes se porte donc visiblement mieux.

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