Actualisé 01.03.2009 à 08:55

RussieNouveau procès de Khodorkovski

L'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, déjà condamné à huit ans de prison en 2005, sera jugé à partir de mardi dans le cadre d'une nouvelle affaire.

Il risque de lourdes peines supplémentaires.

M. Khodorkovski, qui risque plus de 22 ans de prison, et son ex-associé Platon Lebedev sont accusés d'avoir effectué des opérations illégales pour un montant total de 896 milliards de roubles (environ 25 milliards de dollars au taux de change actuel) entre 1998 et 2003.

L'ex-homme le plus riche de Russie a jugé ces accusations «absurdes et délirantes», selon son avocat Vadim Kliouvgant.

Khodorkovski et Lebedev, qui purgeaient leur peine en Sibérie, ont été transférés à Moscou où les audiences préliminaires de leur nouveau procès débuteront le 3 mars à huis clos au tribunal du district moscovite de Khamovniki.

L'acte d'accusation est composé de 3'500 pages pour «noyer une réalité simple: pas l'ombre d'un crime n'a été commis», estime Me Kliouvgant.

L'affaire Ioukos, lancée en 2003, a été dénoncée par les libéraux russes et à l'étranger comme étant inspirée par le Kremlin qui voulait rétablir le contrôle de l'Etat sur de précieux actifs pétroliers et mettre au pas un homme d'affaires jugé trop indépendant et manifestant des ambitions politiques.

À l'arrivée de Dmitri Medvedev à la présidence en mai 2008, la défense de l'ex-PDG avait conseillé à son client de demander une nouvelle fois une libération anticipée, estimant que «les temps avaient changé».

Mais le chef de l'Etat russe a laissé entendre qu'il s'opposerait à toute grâce de M. Khodorkovski, soulignant que l'exécutif ne devait pas intervenir dans cette affaire.

La mère de M. Khodorkovski, Marina, espère cependant que le président Medvedev, un juriste issu d'une «bonne famille de professeurs», ne laissera pas perdurer «l'arbitraire qui a régné pendant le procès précédent».

Selon elle, ce dernier avait été «commandité» par Vladimir Poutine, l'ex-président devenu Premier ministre, et Igor Setchine, actuel vice-Premier ministre et chef de file des 'silovikis', ces anciens du KGB et de l'armée placés au sommet de l'Etat, qui veulent que son fils «ne sorte jamais de prison».

L'ancien chef du gouvernement russe Mikhaïl Kassianov, devenu opposant farouche du régime, prévoit que ce procès sera encore «plus féroce et juridiquement plus absurde». Ces nouvelles poursuites constituent «une réponse à ceux qui s'attendaient à un dégel» avec l'arrivée au pouvoir de M. Medvedev, estime-t-il.

«Le résultat de ce procès donnera un signal très clair sur la répartition des forces au sommet du pouvoir», estime le politologue indépendant Dmitri Orechkine, membre Conseil pour les droits de l'Homme auprès du président.

«Le procès a été initié par Setchine et les siloviki. Dans leur système de valeurs, si Khodorkovkski sortait du prison, ce serait une preuve de leur faiblesse», ajoute l'analyste.

Et même le politologue et député du parti Russie unie de M. Poutine, Sergueï Markov reconnaît que le nouveau procès de l'ex-patron de Ioukos sera en grande partie politique.

«Khodorkovski doit rester en prison pendant 1'000 ans parce qu'il n'avait pas caché qu'il voudrait contrôler le Parlement. Il n'a pas gagné en sagesse et son argent continue de travailler contre le Kremlin», martèle M. Markov, interrogé par l'AFP.

La décision sur le sort du prisonnier le plus célèbre de Russie «sera prise en commun par Poutine et Medvedev. Une décision pro-Khodorkovski signifierait une scission au sein du tandem», conclut-il.

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