Dépendance: Nouvelle offensive anti-Tactilo
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DépendanceNouvelle offensive anti-Tactilo

Trois semaines après avoir été sauvés par la justice, les automates de la Loterie Romande sont attaqués sur l'addiction qu'ils créent.

par
Raphaël Pomey

C'était le 29 janvier. Accusés de concurrencer les machines à sous des casinos depuis des années, les Tactilo de la Loterie Romande sauvaient leur peau devant le Tribunal administratif fédéral. Les bornes pouvaient définitivement rester dans les bistrots.

Trois semaines plus tard, le soulagement cède la place à de nouvelles craintes. Car si les casinos hésitent encore à faire recours contre la décision de la justice, un nouveau front anti-Tactilo vient de se créer. Des députés jurassiens viennent de demander à leur gouvernement d'étudier des mesures pour aider les joueurs compulsifs à rester loin de ces bornes. «On les trouve surtout dans les bistrots populaires, explique Pierluigi Fedele, signataire de l'appel. Comme on y joue à coups de pièces de cinq francs, on ne se rend pas compte de l'argent qui y passe.»

Suivant l'écho que trouvera la demande, le député souhaite que le débat déborde sur toute la Romandie. La Loterie prend les craintes des politiciens au sérieux: «Pour y répondre, nous formons les patrons de bars à repérer et aider les joueurs à risque», explique le directeur, Jean-Luc Moner-Banet. Il juge que, privés de Tactilo, les joueurs se rabattraient sur le pari online.

«Ce postulat ne pose que la question d'une interdiction d'utiliser les automates pour les joueurs, conclut Frédéric Richter, expert de l'addiction. Nous préférons adopter une vision plus large, qui englobe aussi les aspects de prévention et de traitement.»

«Je viens boire un café et au final je claque 200-300 francs»

Imer, 50 ans, reconnaît que les jeux d’argent sont un véritable vice: «Il arrive souvent que je rentre dans un bar pour boire un café. Mais s’il y a une machine Tactilo, la tentation est forte et je peux dépenser jusqu’à 200 ou 300 francs d’un coup.» «Surtout si une autre personne joue et que tu entends le bruit des pièces qui tombent, renchérit Pierre, un autre fervent adepte de l’automate. Les jeux à gratter sont moins addictifs; les machines à sous, c’est une vraie drogue.» «J’arrive à me contrôler: je joue juste une à deux fois par mois, raconte Imer. Le vrai problème de ce jeu? Au bout du compte, la machine gagne toujours plus que toi.»

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