Séisme à Ischia: Nouvelle polémique sur les constructions illégales
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Séisme à IschiaNouvelle polémique sur les constructions illégales

La polémique enfle en Italie sur les constructions abusives ou de mauvaise qualité après le nouveau séisme qui a frappé mardi le pays.

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Le petit tremblement de terre qui a frappé mardi l'île italienne d'Ischia a ravivé la polémique sur les constructions abusives ou de mauvaise qualité. Deux femmes ont perdu la vie. (24 août 2017)

Le petit tremblement de terre qui a frappé mardi l'île italienne d'Ischia a ravivé la polémique sur les constructions abusives ou de mauvaise qualité. Deux femmes ont perdu la vie. (24 août 2017)

Keystone
Les secouristes aident un homme âgé à quitter l'une des zones les plus affectées après le tremblement de terre de mardi. (Mardi 22 août 2017)

Les secouristes aident un homme âgé à quitter l'une des zones les plus affectées après le tremblement de terre de mardi. (Mardi 22 août 2017)

AFP
Le séisme a fait de nombreux dégâts sur l'Ile d'Ischia. Ici, le village de Casamicciola Terme. (Mardi 22 août 2017)

Le séisme a fait de nombreux dégâts sur l'Ile d'Ischia. Ici, le village de Casamicciola Terme. (Mardi 22 août 2017)

AFP

Un an après le séisme d'Amatrice (centre), qui avait fait près de 300 morts, celui d'Ischia, au large de Naples, a une nouvelle fois endeuillé l'Italie en tuant deux femmes. Un bilan trop lourd pour les géologues compte tenu de sa faible intensité: une magnitude de 4,0 sur l'échelle de Richter (contre 6,0 pour Amatrice).

Un tel degré de secousse n'engendre habituellement que des dégâts mineurs. Mais, à Ischia, il a fait s'écrouler des maisons construites avec «des matériaux de piètre qualité», a aussitôt dénoncé le patron de la protection civile, Angelo Borrelli.

Sur cette petite île de 64'000 âmes, près de 30'000 demandes d'amnistie pour des infractions aux règles de la construction ont été déposées ces 30 dernières années. Et les tentatives des autorités de démolir les bâtiments illégaux se sont régulièrement soldées par des affrontements entre forces de l'ordre et population locale.

Territoire «violenté»

Une bataille qui touche une grande partie du pays, en particulier dans les régions plus pauvres du sud, où la criminalité organisée est particulièrement active dans l'immobilier illégal.

«On ne peut pas savoir si les écroulements d'Ischia sont la conséquence de constructions abusives et amnistiées, mais ce que nous savons, c'est que le territoire italien a été violenté par de nombreuses constructions de ce type», a déclaré mardi le ministre des Infrastructures, Graziano Delrio.

En Sicile, le maire de Licata, Angelo Cambiano, un symbole de la lutte contre ces constructions abusives, a été poussé à la démission début août suite à une motion de défiance votée par son conseil municipal. Victime de menaces et d'intimidations, il vivait sous escorte depuis des mois.

Phénomène sans égal

Selon un rapport de l'Institut italien de la statistique (Istat), publié l'an passé, le phénomène des chantiers illégaux a atteint «une dimension sans égale par rapport aux autres économies avancées» avec 20 bâtiments sur 100 construits. Un chiffre qui peut grimper jusqu'à 60% dans certaines régions méridionales.

Et ce alors que, selon le Conseil national des ingénieurs, 21 des 60 millions d'Italiens vivent dans des zones à fort risque sismique.

Plus surprenant, certaines constructions restaurées dans le respect des normes antisismiques en vigueur, du moins sur le papier, se sont écroulées comme des châteaux de cartes lors des séismes de l'an passé, y compris des écoles.

Et si de nombreux édifices jugés à risque - en raison souvent de matériaux de construction défectueux - font l'objet d'ordonnances de démolition, seuls 10% sont effectivement rasés.

«Roulette russe de l'Italie»

Au classement des régions les moins vertueuses en la matière, Calabre, Sicile et Basilicate forment le trio de tête. Quant à la Campanie, qui inclut Naples et Ischia, elle est qualifiée par les experts de «roulette russe de l'Italie» du fait d'un détonnant mélange: des constructions illégales associées à une forte densité de population, y compris sur les pentes du Vésuve, un volcan actif.

«Depuis plus de 20 ans, la communauté scientifique a exposé le problème aux responsables, prônant la mise en place de mesures préventives», explique Stefano Carlino, chercheur à l'institut national de géographie de Naples.

«Elles coûtent cher bien sûr, mais elles sont nécessaires. Malheureusement, cette question n'a pas reçu l'écho qu'elle aurait dû», regrette-t-il.

Et le géologue Mario Rozzi rappelle que la menace du Vésuve n'est rien comparée à celle des Champs Phlégréens, une zone éruptive située seulement 15 kilomètres plus loin.

«Un super volcan composé d'une trentaine de cratères recouverts par des hippodromes et des hôpitaux et dont l'éruption entraînerait l'exode définitif d'un demi-million de personnes», assure le scientifique.

Et la terre n'a même pas besoin de trembler pour que tout s'écroule: en juillet, l'effondrement d'un immeuble à Torre Annunziata, au pied du Vésuve, a tué huit habitants dans leur sommeil, dont l'architecte chargé de contrôler la sécurité des bâtiments de la commune. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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