Tennis: Djokovic brise sa raquette, chasse les mauvaises ondes et triomphe
Actualisé

TennisDjokovic brise sa raquette, chasse les mauvaises ondes et triomphe

Le No 1 mondial a eu besoin d’évacuer sa frustration pour sortir vainqueur d’un match décousu contre Zverev (6-7, 6-2, 6-4, 7-6). Son corps va mieux. Il sera favori contre Karatsev.

par
Mathieu Aeschmann
 --
Novak Djokovic a eu besoin de s’énerver pour trouver les ressources de rejoindre le dernier carré de l’Open d’Australie.

--

AFP

Novak Djokovic est en demi-finale de l’Open d’Australie et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les cinq autres joueurs encore en lice à Melbourne Park. Depuis le premier de ses huit titres «Down Under» en 2008, le No 1 mondial triomphe en effet à chaque fois qu’il entre dans le dernier carré. Autant dire que selon les statistiques, Alexander Zverev était le dernier à avoir une chance de déboulonner la statue «Djoko». Il en a eu l’occasion, souvent même; prenant le meilleur départ dans trois des quatre sets. Mais au fil d’un match sans colonne vertébrale et au niveau souvent douteux, Novak Djokovic a fini par serrer le jeu pile au meilleur moment (6-7, 6-2, 6-4, 7-6).

De cet affrontement décousu, il faut retenir que rien ne change vraiment sur la planète tennis. Sascha Zverev continue de balader les mêmes lacunes: incapable d’avancer côté coup droit et de faire les bons choix lorsque l’air devient irrespirable. Quant à Novak Djokovic, il a eu besoin de fracasser sa raquette pour trouver en lui ce supplément de conviction qui le transforme en un compétiteur formidable. Sa «Head Graphene» a volé en éclats à un moment où le troisième set lui filait entre les doigts (1-3 presque 1-4). Le No 1 mondial avait sans doute besoin de sortir ses «mauvaises ondes». Car à partir de ce moment-là, «Djoko» a presque tout fait juste, notamment losqu’il sauva deux balles de break (3-4 au 4e set) d’un coup droit gagnant et d’une sublime amortie.

«J’ai perdu mon service trop tôt dans presque tous les sets. Mais heureusement, j’ai réussi à retrouver ma concentration après avoir brisé ma raquette dans le troisième set, confirmait Djokovic au micro de Jim Courier. Après, c’était une grosse bataille, l’un de ces matches qui peuvent basculer jusqu’au dernier point. Et je suis juste heureux d’avoir surmonté ce défi.» Heureux et sans doute soulagé. Car hormis un démarrage en mode diesel, Novak Djokovic sembla très bien gérer sa désormais célèbre gêne au flanc droit.

L’hommage à Ulises Badio

«Cette situation fait que j’ai besoin de temps pour m’échauffer, pour avoir confiance en mes mouvements de rotation, explique-t-il. Après la perte du premier tie-break, je me suis mis à mieux bouger. Et j’ai très bien servi. Mais c’est la première fois que j’avance dans un Grand Chelem avec une blessure de ce type. J’ai connu des douleurs, j’ai dû abandonner aussi; comme contre Wawrinka à l’US Open. Mais là, je gère la blessure dans l’espoir de continuer à gagner et je le dois aux doigts de fée de mon physio.»

Ulises Badio - c’est son nom – est sans doute le personnage le plus important de cet Open d’Australie. Pour le No 1 mondial et peut-être pour l’ensemble du tournoi. Car malgré son incroyable parcours, Aslan Karatsev ne semble pas armé pour empêcher Novak Djokovic de jouer une neuvième finale à Melbourne. Et si «il Mister» Badio continue de faire des miracles, alors «Djoko» retrouvera son jardin dimanche dans la peau du grandissime favori à sa propre succession.

Plus rien n’arrête Aslan Karatsev

À 27 ans, Aslan Karatsev (114e mondial) devient ainsi le premier joueur dans l’ère Open à se faire une place dans le dernier carré dès son tout premier Grand Chelem. Il est aussi le joueur le moins bien classé à s’inviter en demi-finales à Melbourne depuis trente ans. Il défiera le No 1 mondial Novak Djokovic pour une place en finale.

«C’est un sentiment incroyable, premier Grand Chelem, première demi-finale, c’est incroyable», a réagi Karatsev sans effusion. Il a profité d’une défaillance physique de Grigor Dimitrov.. Le Bulgare est en effet apparu sérieusement touché au niveau du bas du dos dans le troisième set, jusqu’à être incapable de servir en toute fin de manche. Manipulé hors du court avant le quatrième set, il n’a plus été en mesure de rivaliser ensuite.

Et dire qu’avant cette quinzaine australienne, Karatsev n’avait gagné que trois matches sur le circuit principal depuis le début de sa carrière ! Le Russe est passé par les qualifications, qui se sont exceptionnellement déroulées à Doha mi-janvier, pour gagner sa place dans le tableau principal. Il y a successivement éliminé le No 9 mondial Diego Schwartzman au troisième tour, la promesse canadienne Félix Auger-Aliassime (19e) en remontant un retard de deux sets à zéro en huitièmes de finale, puis Dimitrov désormais.

«Le début a été très difficile, j’étais très nerveux, et la chaleur était un peu trop forte. Puis je me suis repris dans le deuxième set, et dans le troisième, il a eu mal. Je ne savais pas qu’il était blessé», a expliqué Karatsev. Karatsev ne devient que le cinquième qualifié à atteindre les demi-finales en tournoi majeur dans l’ère Open, le deuxième seulement à l'Open d'Australie. Il rejoint ainsi Bob Giltinan (AO 1977), John McEnroe (Wimbledon 1977), Filip Dewulf (RG 1997) et Vladimir Voltchkov (Wimbledon 2000).

Ton opinion