26.08.2020 à 06:07

VaudNouvelles révélations sur le braquage de Chavornay

L’enquête franco-suisse démontre que le milieu lyonnais avait infiltré la Suisse des mois avant l’attaque de 2018.

de
Richard Schittly
Vue aérienne du parking où s’est produit le braquage d’un fourgon de transport de fonds le 8 février 2018. L’autoroute Lausanne - Yverdon se situe à une centaine de mètres.

PHOTO LAURENT CROTTET, LE MATIN 2018

Vue aérienne du parking où s’est produit le braquage d’un fourgon de transport de fonds le 8 février 2018. L’autoroute Lausanne - Yverdon se situe à une centaine de mètres.

PHOTO LAURENT CROTTET, LE MATIN 2018

Un peu plus de deux ans après le brigandage de Chavornay (VD), au butin de 25 millions de francs, la double enquête judiciaire menée à Lyon et en Suisse révèle que la société SOS surveillance, chargée du transport de fonds pour La Poste, était la cible du banditisme lyonnais depuis de nombreux mois. L’analyse du navigateur intégré de la Porsche Macan qui a servi à l’attaque de Charvornay, le 8 février 2018, démontre que le véhicule volé avait également roulé dans la nuit du 12 au 13 octobre 2017 à Gland (VD). Or, cette nuit-là, un fourgon blindé de SOS surveillance circulait aussi dans ce secteur, avec à son volant Y.

Ce frontalier habitant la Haute-Savoie, mis en examen (prévenu) et écroué par le juge de Lyon, est justement soupçonné d’avoir livré des renseignements aux voyous impliqués dans l’attaque de Chavornay. «Quand il parlait de son travail, à l’entendre, j’ai compris que braquer son fourgon, c’était aussi facile que de toquer à sa vitre et demander de l’argent», a raconté un loueur de voitures de luxe de Genève, suspecté d’avoir joué l’intermédiaire entre le convoyeur et une bande lyonnaise. Y. a reconnu des paroles imprudentes, mais il nie sa participation aux projets d’attaques.

Victime de trois brigandages dans les années précédentes, le transporteur de fonds a-t-il sous-estimé la menace qui planait depuis des mois? «Le jour où les bandits français vont savoir le peu de sécurité qu’il y a, ils vont venir à cinquante pour braquer nos fourgons», a en tout cas déclaré un autre convoyeur. Un témoin a pour sa part évoqué des pauses pipi «en laissant des millions sur le parking»!

Deux braquages, un même ADN

Autre troublante coïncidence: l’ADN d’un suspect de l’attaque de Chavornay a été identifié après coup dans les scellés d’une précédente tentative de brigandage qui s’était produite en janvier 2017 à Daillens (VD), déjà au préjudice de SOS surveillance. À l’époque, trois braqueurs avaient été arrêtés dans leur fuite, après avoir raté leur coup. Selon eux, ils visaient initialement un magasin d’outils et avaient vu par surprise un fourgon s’arrêter sur le parking, sans savoir qu’il transportait 6,5 millions. Le Tribunal correctionnel d’Yverdon avait retenu leur version, en les condamnant à des peines de 14 à 16 mois de prison, pour simple tentative de brigandage.

Répétition générale

En ressortant le dossier, les enquêteurs suisses ont découvert l’ADN d’un suspect de Chavornay sur un gant et un bonnet abandonnés dans leur fuite par les malfaiteurs de l’affaire de Daillens. Seconde révélation: dix minutes après le fourgon attaqué, le fourgon suivant, sur le même itinéraire, était occupé par Y., accompagné d’un convoyeur stagiaire sans arme… Pour les enquêteurs, les malfaiteurs se seraient donc trompés de fourgon, d’où leur échec, et l’affaire de Daillens aurait été une sorte de répétition générale, un an avant l’attaque de Chavornay. Ce qui donnerait la mesure de l’infiltration du milieu lyonnais en territoire suisse. Cette thèse est contestée par les avocats des onze suspects mis en examen dans le dossier instruit par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lyon.

«Pas de failles de sécurité»

Des failles dans la sécurité? «La société SOS surveillance conteste totalement», répond Me Laurent Moreillon. L’avocat, constitué partie civile dans le dossier de Lyon, incite à «la prudence» face aux propos de personnes citées dans les investigations. Selon lui, le convoyeur mis en examen a tout intérêt à mettre en cause la société pour minimiser sa propre responsabilité. «Les procédures sont réévaluées en permanence», ajoute l’avocat, pour qui les leçons des attaques ont été tirées.

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