Actualisé 18.12.2013 à 20:01

Soudan

Nouvelles violences entre soldats rivaux

Des affrontements ont éclaté mercredi entre factions rivales de l'armée aux abords de la ville de Bor, au Soudan du Sud.

Selon la Croix-Rouge, au moins 19 civils ont été tués. Les Nations unies font état d'un bilan d'un demi-millier de morts depuis le début de la semaine. Signe de la gravité de la situation: les Etats-Unis ont décidé d'évacuer le personnel non essentiel de leur ambassade ainsi que leurs ressortissants à Juba, la capitale. Ces affrontements, qui ont éclaté dimanche soir aux abords de deux casernes des environs de Juba, font craindre un conflit généralisé dans le dernier Etat indépendant en date du continent. Celui-ci est né du divorce en 2011 entre le nord du Soudan, arabe et musulman, et le Sud, animiste et chrétien. Les violences, qui recouvrent aussi les divisions ethniques entre la majorité Dinka et la minorité Nuer, font suite, selon la version du gouvernement du président Salva Kiir, à une tentative de coup d'État.

Affrontements dans des casernes

A Bor, à quelque 150 km au nord de Juba, un responsable a déclaré que des militaires s'affrontaient dans deux casernes de la ville. Un journaliste a rapporté que des soldats fidèles au vice-président déchu avaient le contrôle de ces casernes. Un millier de civils se sont réfugiés dans le complexe des Nations unies à Bor. L'ONU fait aussi état de combats dans une base militaire de Torit, à 120 km au sud-est de Juba. «Il est à craindre qu'une fois que ce conflit gagne le reste du pays, il prenne une tournure plus ethnique et on pourrait assister alors à une remobilisation des milices», met en garde un diplomate occidental. «Dans ce cas de figure, le conflit aura des conséquences pour un grand nombre de pays des alentours, qui ne sont pas, loin de là, des parangons de stabilité». Le 18 décembre, le calme était revenu dans la capitale après des tirs sporadiques dans la nuit. La circulation reprenait timidement dans les rues de Juba où l'aéroport devrait, d'après les autorités, rouvrir dans la journée. Le gouvernement a annoncé l'arrestation de dix personnes, dont sept anciens ministres, à la suite de l'échec du coup d'Etat.

Machar dément

Il souhaite en interroger plusieurs autres, dont l'ancien vice-président Riek Machar, limogé en juillet par le chef de l'Etat et présenté comme le «meneur» du putsch manqué. Le journal en ligne «Sudan Tribune» écrit que ce dernier a nié tout rôle dans les combats ou une éventuelle tentative de putsch. Les États-Unis ont évacué mercredi 120 personnes du Soudan du Sud, parmi lesquelles une partie des employés gouvernementaux. Le département d'Etat avait déjà ordonné mardi l'évacuation de ses diplomates et employés jugés non essentiels au Soudan du Sud et l'arrêt d'activités de son ambassade à Juba. La Grande-Bretagne et la Norvège ont ordonné l'évacuation d'une partie du personnel de leurs ambassades. De nombreux travailleurs humanitaires expatriés vivent à Juba.

Demi-millier de morts

Des diplomates rapportent que les Nations unies disposent d'informations faisant état de 400 à un demi-millier de morts et de 800 blessés depuis le début de la semaine. «La plupart des gens sont terrifiés à l'idée de tomber sur des foules violentes ou des cadavres», témoigne un humanitaire présent dans la capitale. Il confirme une accalmie relative mercredi matin après les tirs nourris d'artillerie et d'armes lourdes lundi et mardi. Le chef de l'État a accusé des partisans de son vice-président destitué d'être à l'origine des violences. Riek Machar, membre de l'ethnie Nuer, a fait savoir après son éviction qu'il briguerait la présidence. Il a accusé Salva Kiir, un Dinka, de dérive dictatoriale.

Fractures ethniques

Le président avait, avant la flambée actuelle de violence, reproché à ses rivaux de ressusciter les divisions ayant conduit aux affrontements sanglants des années 1990. Il est accusé par ses compatriotes de ne pas avoir suffisamment agi pour améliorer le niveau de vie de la population depuis l'indépendance. Les Dinka et les Nuers se sont déjà affrontés par le passé, mais les analystes soulignent les divisions profondes existant au sein des factions selon les fractures ethniques, y compris au sein des forces armées. Les violences actuelles aggravent une situation déjà précaire pour le Soudan du Sud, un pays enclavé dont la principale richesse, le pétrole, dépend des infrastructures et du bon vouloir de Khartoum. (ats)

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