Londres: Nuages d'austérité dans le ciel de Farnborough
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LondresNuages d'austérité dans le ciel de Farnborough

La lente reprise de l'économie mondiale et des coupes claires dans les budgets militaires nationaux risquent de rafraîchir l'atmosphère du Salon aéronautique de Farnborough.

Mais quelques rayons de soleil sont attendus dans ce climat d'austérité: outre l'excitation autour de deux des appareils les plus attendus au monde -le Boeing 787 et l'Airbus A400M-, les commandes dans l'aviation commerciale civile passées au Moyen-Orient et en Asie devraient attirer bien des regards.

Plus de 1.000 exposants issus de 38 pays doivent participer à ce rendez-vous phare de l'aviation civile et militaire qui se tiendra jusqu'au 25 juillet. Des délégations d'Egypte, du Maroc et de Taïwan participeront au salon international pour la première fois, les organisateurs mettant par ailleurs en avant un intérêt plus fort venant de Chine et de Russie.

Plusieurs observateurs s'attendent à une édition au climat moins morose que le salon du Bourget 2009, son pendant bisannuel, à l'heure où l'économie mondiale se remet sur pied. Mais ils n'escomptent pas des commandes approchant du montant record de 88,7 milliards de dollars atteint à Farnborough en 2008.

Le salon se tient «un peu trop tôt pour qu'on assiste à une énorme hausse des commandes, mais il y en aura probablement plus qu'à Paris», estime Raymond Jaworoswski, analyste chez Forecast International. «On devrait commencer à assister à une accélération des commandes en fin d'année».

L'Association internationale du transport aérien (IATA) table sur un bénéfice total de 2,5 milliards de dollars en 2010, après 9,4 milliards de dollars de pertes en 2009.

D'après certains observateurs, l'Asie et l'Amérique du Nord devraient être les fers de lance de la reprise devant l'Europe, dont la reprise a été affectée par d'importantes perturbations causées par des grèves dans certaines compagnies aériennes, la crise de la dette et le nuage volcanique islandais au printemps.

Les analystes misent sur une injection d'argent en provenance d'acheteurs du Moyen-Orient et de l'Asie. La compagnie Emirates a indiqué qu'elle annoncerait de nouvelles commandes à Farnborough après en avoir surpris beaucoup avec une commande en juin dernier de 32 A380 supplémentaires. Qatar Airways, qui doit signer un contrat pour équiper sa future filiale low-cost régionale, suscite également l'attente.

Mais Boeing a minimisé cette semaine la perspective de gros contrats à Farnborough, soulignant n'avoir pas engrangé de commandes pour les salons internationaux.

Reste que le constructeur aéronautique américain devrait retenir l'attention avec les débuts internationaux de son 787 Dreamliner, en dépit d'un possible nouveau retard. Boeing a annoncé cette semaine que la première livraison -prévue en fin d'année à la compagnie japonaise ANA- pourrait être repoussée à début 2011, en raison d'inspections et de changements d'instruments.

La première caractéristique du 787, biréacteur long courrier de moyenne capacité (210-330 sièges), qui a déjà accumulé deux ans de retard, est un recours accru aux matériaux composites comme la fibre de carbone qui permettent de réduire la masse de l'avion afin de consommer, selon Boeing, 20% moins de carburant, tout en étant moins polluant.

Son rival Airbus devrait quant à lui attirer les foules avec une présentation statique et des vols de démonstration de l'avion de transport militaire A400M, dont la livraison doit commencer selon l'avionneur après décembre 2012, soit un retard d'environ quatre ans sur le calendrier. Les sept pays clients de l'A400M (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Luxembourg et Turquie), qui affichent une commande totale de 180 appareils, ont accepté le 5 mars dernier d'éponger quelque 3,5 milliards d'euros du surcoût total de 5,2 milliards afin d'assurer la survie du programme.

Au chapitre défense du salon, certains programmes sont menacés de coupes budgétaires au moment où les économies montrent des signes d'amélioration. La Grande-Bretagne, qui constitue le plus grand marché de défense en Europe, a déjà revu à la baisse ses commandes d'A400M et le gouvernement réfléchit à des réductions allant jusqu'à 20%, tandis qu'aux Etats-Unis, le Pentagone envisage de procéder à quelque 100 milliards de dollars d'économies sur les cinq prochaines années.

Du côté de l'aviation commerciale, les signes émergents d'un déclin du vieux duopole Boeing-Airbus, particulièrement dans le secteur des avions à couloir unique court/moyen-courriers -où les deux constructeurs totalisent actuellement 40% des ventes- retiennent l'attention des observateurs. Outre le Canadien Bombardier, qui doit effectuer sa première livraison de ses C-Series en 2013, les constructeurs chinois Comac et russe Irkout font figure de challengers. (ap)

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