Actualisé 17.01.2014 à 19:31

Espionnage Obama: l'espionnage entre amis, c'est fini!

Barack Obama a annoncé vendredi son intention de rogner les pouvoirs de l'agence de renseignements NSA en réformant la collecte de données, sans pour autant y renoncer.

«Etant donnés les pouvoirs uniques du gouvernement (américain), il n'est pas suffisant pour ses dirigeants de dire 'faites-nous confiance, nous n'abusons pas des données que nous récupérons'», a concédé le président dans un discours à Washington. Il a promis de ne plus espionner les dirigeants de pays amis.

Depuis qu'Edward Snowden, ancien consultant de la NSA réfugié en Russie, a commencé à révéler l'étendue des programmes de surveillance, en particulier la collecte de données électroniques, la Maison Blanche est sur la défensive, face aux dirigeants étrangers et aux défenseurs de la vie privée.

Rétablir la confiance

Soucieux de rétablir la confiance, M. Obama a affirmé que «les critiques ont raison de dire que sans garde-fous appropriés, ce genre de programme pourrait être utilisé pour obtenir davantage de renseignements sur nos vies privées, et ouvrir la voie à des programmes de collecte plus indiscrets».

«Je pense qu'une nouvelle approche est nécessaire. C'est la raison pour laquelle je donne l'ordre d'une transition qui mettra fin à la collecte de données (...) au terme de l'article 215» du Patriot Act, ensemble de lois sécuritaires adoptées dans la foulée des attentats du 11-Septembre, a expliqué M. Obama.

Conformément à ce texte, les opérateurs téléphoniques américains fournissent à la NSA les métadonnées de l'ensemble des appels téléphoniques passés aux Etats-Unis. Ces métadonnées sont comparables aux détails figurant sur une facture téléphonique: numéro appelé, durée de l'appel, horaire. Elles n'incluent ni le nom de l'abonné, ni l'enregistrement des conversations.

Ne plus espionner les amis

Le président a insisté sur le fait que conserver les métadonnées téléphoniques constituait une arme essentielle dans la lutte contre le terrorisme. «Etre capable d'examiner les connexions téléphoniques pour établir si un réseau existe est crucial», a-t-il plaidé. Cette collecte continuera.

M. Obama a défendu la nécessité d'«établir un mécanisme qui préserve les capacités dont nous avons besoin, sans que le gouvernement détienne ces métadonnées». Il a chargé le Renseignement et le ministre de la Justice d'une réforme en ce sens, sans se prononcer sur quelle entité devrait être dépositaire des informations.

Depuis l'été dernier, les révélations de M. Snowden ont froissé de nombreux alliés et partenaires des Etats-Unis, notamment la France, l'Allemagne, le Brésil et le Mexique. M. Obama s'est une nouvelle fois employé à calmer ce courroux.

S'excuser d'être efficaces

«J'ai été très clair vis-à-vis de la communauté du renseignement: à moins que notre sécurité nationale ne soit en jeu, nous n'espionnerons plus les communications des dirigeants de nos alliés proches et de nos amis», a-t-il assuré.

Le président américain a malgré tout expliqué que ses services continueraient à «réunir des informations sur les intentions des gouvernements à travers le monde», comme le font tous les autres pays. «On ne va pas s'excuser juste parce que nos services sont peut-être plus efficaces», a-t-il lancé.

Réactions plutôt froides

Réagissant à ce discours, la vice-présidence de la Commission européenne Viviane Reding a déclaré que l'engagement du président américain est «un pas dans la bonne direction», mais que l'UE «attend des actes».

Pour le fondateur du site Wikileaks Julian Assange, Barack Obama «n'a presque rien» dit dans son discours. Des organisations de défense de la vie privée soulignent, elles, les «insuffisances» de ces mesures.

«Il y a encore beaucoup à faire» pour réformer la NSA, a ainsi affirmé la responsable juridique de l'Electronic Frontier Foundation Cindy Cohn. Et «rien dans ce que le président a dit n'indique que la collecte de ces (métadonnées) va cesser», selon l'Association nationale des avocats pénaux. (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!