Genève: Obsolète et «incohérente», l’aide sociale prépare sa mue

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GenèveObsolète et «incohérente», l’aide sociale prépare sa mue

Selon le Canton, barèmes et critères doivent être revus pour moderniser le soutien aux plus précarisés. Il ne serait plus adapté aux indépendants et aux jeunes, notamment.

par
David Ramseyer
Distribution d’aide alimentaire à la patinoire des Vernets, en mai 2020.

Distribution d’aide alimentaire à la patinoire des Vernets, en mai 2020.

Pierre Albouy/TG

Les dizaines de milliers de colis alimentaires distribués depuis le début de la pandémie ont mis en lumière la précarité d’une partie de la population genevoise. La crise a aussi montré les limites des dispositifs en place. «Complexes et sans cohérence, inadaptés, il faut les harmoniser», a plaidé le conseiller d’État Thierry Apothéloz, chargé du Département de la cohésion sociale. Il a présenté mardi un plan d’action pour transformer le système actuel, ces prochaines années. «On doit penser à long terme, en matière d’aide sociale, et ne pas subir la dictature de l’urgence que nous impose la crise actuelle du Covid».

Les indépendants ont changé la donne

Ainsi les barèmes doivent être revus à la hausse de quelques 23 francs par mois, a plaidé le magistrat. A Genève, les montants pour couvrir les besoins vitaux, comme l’alimentation et les habits, sont en effet inférieurs à ceux pratiqués dans la majorité des autres cantons. Par ailleurs, le Canton prône un changement de pratique lorsqu’une personne à l’aide sociale décroche un emploi d’appoint avec un bas salaire. Dans pareil cas, une partie du soutien financier que lui apportent les services publics lui est retirée. L’État souhaite à l’avenir conserver une part plus importante de ce soutien en faveur du bénéficiaire.

Certains critères sont également destinés à changer. Ces derniers mois, en raison des restrictions anti-Covid, de nombreux indépendants ont basculé à l’Hospice général. Un nouveau public pour l’institution, peu adaptée à ces profils: «Pour toucher une aide, il ne faut pas avoir de fortune. Mais un indépendant a souvent quelques réserves. Du coup, il n’est pas éligible à une aide d’urgencehors dispositions spéciales Covid, bien sûr. Il faut donc nous adapter pour pouvoir, à l’avenir, aider correctement ces personnes», a imagé le magistrat. Étudiants et bas salaires sont aussi des catégories qui requièrent des ajustements, selon le département.

Un passé trop présent

Autre cheval de bataille de la future réforme: le surendettement, qui concerne de très nombreux jeunes à l’aide sociale. Si l’État entend renforcer sa prévention, il veut aussi agir plus vite face à ces situations. Et ce, via une meilleure collaboration entre départements cantonaux, mais aussi avec les services sociaux des communes. Le but? Détecter les cas le plus précocement possible, et mieux les traiter.

Ces réformes sont vitales dans une société en mutation, a insisté Thierry Apothéloz. Les chiffres de l’Hospice général sont des signaux d’alerte au rouge vif. En raison notamment de la crise liée au coronavirus, le nombre de nouvelles entrées a bondi l’an passé par rapport à 2019, tandis que la durée de prise en charge s’allonge et que le taux de sortie diminue. «Aujourd’hui, les inégalités s’aggravent et la classe moyenne inférieure est de plus en plus vulnérable, s’inquiète Thierry Apothéloz. Le monde du travail a aussi changé, avec toujours plus de temps partiels, de contrats à durée limitée, davantage de licenciements, et donc moins de revenus pour les salariés. Notre système d’aide sociale a été imaginé durant les Trente Glorieuses (ndlr: les trois décennies de boom économique qui ont suivi la fin de la seconde guerre mondiale), il ne correspond plus à la réalité.»

Communes en première ligne

Le plan d’action cantonal contre la précarité entend renforcer les compétences communales. Notamment pour les interventions de premier recours et pour les sans-abris. Cela implique aussi une meilleure collaboration avec les municipalités, a prôné Thierry Apothéloz. Le tout accompagné d’un cofinancement du Canton. Autres projets du dispositif: simplifier les procédures, numériser davantage pour faciliter les démarches administratives des bénéficiaires et mieux orienter ces derniers. Mais aussi accentuer l’employabilité des plus vulnérables: les plus de 55 ans, les jeunes et les migrants.

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