Suisse - Obtenir un bachelor sans passer par la case uni?
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SuisseObtenir un bachelor sans passer par la case uni?

Le secrétariat d’Etat à la formation a lancé un projet afin de mieux positionner internationalement les Suisses en possession d’un diplôme de formation professionnelle supérieure.

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Raisa Durandi

Les Suisses cartonnent régulièrement aux championnats du monde des métiers. Mais ils font souvent moins bonne figure lorsqu’il s’agit d’obtenir un poste convoité, a rapporté dimanche la «SonntagsZeitung». Il n’est en effet pas rare que des étrangers moins qualifiés obtiennent l’emploi parce qu’ils détiennent un bachelor ou un master et ce, sans forcément avoir passé par la case uni. C’est le cas notamment pour les Italiens et depuis, peu, les Allemands. Depuis le début de l’an dernier, les Allemands en possession d’une formation professionnelle supérieure peuvent porter le titre «bachelor professional» ou «master professional» sans avoir étudié dans une haute école. Un avantage de taille par rapport aux Suisses ayant suivi une filière ES (école supérieure) et obtenu le diplôme correspondant (lire encadré).

Le but des écoles supérieures (ES)

Les écoles supérieures (ES) permettent aux titulaires d’un CFC ou d’une qualification équivalente d’obtenir un diplôme fédéral de degré tertiaire. Chaque année, près de 8500 personnes obtiennent un diplôme de ce type, écrit le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri) sur son site. Les personnes ayant suivi une filière ES et reçu le diplôme correspondant sont autorisées à porter le titre qui s’y rattache, comme par exemple «technicienne diplômée ES en technique du bois». Les filières peuvent être proposées tant par des institutions cantonales de formation que des écoles privées.

Afin de revaloriser ce diplôme fédéral de degré tertiaire, le secrétariat d’Etat à la formation (Sefri) a récemment lancé un projet. Son but est «d’évaluer le positionnement national et international des écoles supérieures et des filières professionnelles», confirme au dominical Martin Fischer, porte-parole du Sefri. Selon lui, le projet vise également à mieux les positionner. «La question du bachelor professional et du master professional sera également évaluée.» Un rapport est attendu pour fin 2021.

Le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE) se bat depuis plusieurs années pour une équivalence des diplômes de la formation professionnelle supérieure. Dans une motion déposée en mars de l’an dernier, il demande au Conseil fédéral de revaloriser les diplômes de la formation professionnelle supérieure «en leur donnant des noms modernes qui montrent clairement qu'ils sont équivalents à d'autres diplômes délivrés en Suisse et à l'étranger». «Les personnes ayant obtenu en Suisse un diplôme de la formation professionnelle supérieure font partie de l'élite mondiale dans leur domaine. Mais les titres actuels ne leur permettent pas de faire reconnaître la qualité de leur formation dans le monde, surtout depuis la décision prise par l'Allemagne. Cette situation est dommageable non seulement aux professionnels suisses concernés, mais aussi à notre système de formation tout entier.» Sa motion n’a pas encore été traitée par le National.

Différences salariales

En 2012, le socialiste avait déjà déposé une motion quasi-identique. Acceptée par le National, elle avait été rejetée par le Conseil des Etats. Interrogé par le dominical, le Bernois se dit soulagé que les choses bougent enfin: «La Confédération doit agir.» Il rappelle que sans «bachelor professional» ou «master professional», les les salaires payés sont très souvent nettement inférieurs par rapport aux personnes possédant ce genre de titre. «Ça peut aller jusqu’à 1000 francs par mois.»

L’Union suisse des arts et métiers est du même avis: «Pour donner une chance aux Suisses, il faut que leurs formations soient comparables au niveau international», estime son directeur Hans-Ulrich Bigler. «Et pour cela, il faut des titres internationaux.» Les hautes écoles, elles, sont moins enthousiastes. «Le bachelor et le master sont des diplômes académiques. Les utiliser dans d’autres domaines serait trompeur», estime Swissuniversities, la faîtière des hautes écoles suisses.

«Un tel pseudo-diplôme ne rend service à personne»

Plusieurs lecteurs nous ont contacté à ce sujet. Leurs avis aussi divergent. Matthias, 23 ans, est infirmier ES. Il se réjouirait de pouvoir porter le titre de «bachelor professional». «J’aimerais aller travailler au Canada puisque ma famille y habite. Mais ma formation n’est pas reconnue là-bas. La dénomination bachelor m’aiderait énormément.» Nico, 21 ans, n’est pas du même avis. «C’est la qualité de la formation qui compte et non son nom. Un tel pseudo-diplôme ne rend service à personne. Ça ne fait que compliquer les possibilités de formation continue.»

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