Mme N'importe-qui face à l'écrivain de ses rêves: «Odette Toulemonde»
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Mme N'importe-qui face à l'écrivain de ses rêves«Odette Toulemonde»

COMEDIE – L'écrivain à la fantaisie tranquille peint un film à l'image de ses œuvres: rose bonbon et bourré d'humanisme.

Odette Toulemonde, vendeuse dans un grand magasin, vit avec son fils, homo et coiffeur, et sa fille, pubère, cheveux gras. Un jour, Odette rencontre son écrivain préféré, Balthasar Balsan. Leur rencontre va les emmener de la Terre à la Lune...

Schmitt réalise un cinéma poétique que l'on avale en une bouchée. Si la morale (admettre le goût des autres) reste légère, cette comédie constitue quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes.

Elsa Duperray

RENCONTRE AVEC ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, UN FANTAISISTE TRANQUILLE.

– «Odette» était-elle destinée au cinéma ou à la littérature?

– J'ai vraiment écrit un scénario. Je ne pensais pas en faire un livre. Odette est un personnage en couleur, en musique et en mouvement. Seul l'écran pouvait montrer sa joie de vivre. C'est elle qui m'a entraîné vers le cinéma.

– Quelle différence subsiste-t-il entre l'écriture d'un livre et celle d'un scénario?

– Faire un film, c'est écrire avec la caméra. Mon but a été de construire des images qui envoient vers l'imaginaire, de satisfaire l'imagination des spectateurs. L'insatisfaction ne suscite pas l'imaginaire, elle le remplit. Et je déteste ça.

– Catherine Frot est assez incroyable...

– C'est une rencontre merveilleuse! Catherine porte le film: elle est à la fois gauche et élégante, pudique et sensuelle. Elle mélange les extrêmes. Je peux vous dire qu'elle s'est emparée du gâteau et n'a pas laissé une miette. Enfin, elle m'a remercié de lui avoir offert ce personnage rempli d'audace candide, de fantaisie tranquille.

– Mais d'où vous vient Odette?

– D'une rencontre ratée. Lors d'une séance de dédicace, une femme s'est présentée à moi, trop émue, endimanchée, me tendant une lettre écrite sur un papier épouvantable, avec un cœur en mousse à l'intérieur. Sur le moment, j'ai eu une sorte de rejet. Je me suis demandé comment cette femme, qui n'avait pas du tout les mêmes goûts que moi, pouvait apprécier mes livres. Puis j'ai lu la lettre... Qui était très belle. Je me suis dit : «Quel con!» Mes préjugés inconscients m'avaient empêché de voir la profondeur et l'humanité de cette femme. C'est ce que j'ai voulu raconter dans mon film.

– Vous vous payez un peu au passage la poire des critiques dans votre film...

– Non. Je dénonce une manière de critiquer indigne de la critique. Qui, au lieu de tenir ouvertes les portes de la culture, les tient fermées en se tenant devant. Ces critiques sectaires qui méprisent le goût des autres, le succès et ce qui intéresse les gens. Je ne les ai jamais subies. Mais, depuis que j'ai du succès, je sais que certains ne me lisent plus. Ils se disent que si autant de personnes lisent mon livre, c'est qu'il est forcément nul. Au lieu d'être des passeurs de la culture, comme Bernard Pivot, ils ressemblent à des videurs de boîte de nuit qui disent aux vendeuses, aux gens modestes ou aux femmes en général de ne pas entrer. C'est de la culture-club, de l'ésotérisme et du snobisme. En fait, je me suis payé la tête d'un sectaire. Et, en même temps, dans le film, ce que fait ce critique à Balsan, Balsan va le faire à Odette...

– Croyez-vous sincèrement qu'une telle histoire d'amour puisse arriver?

– C'est peut-être plus facile à 20 ans, comme le dit Odette elle-même, car on se fiche à cet âge-là de la différence de culture. A 40 ans, c'est plus difficile, certes...

– Il y a beaucoup de prénoms dans les titres de vos œuvres...

– Je suis intéressé par les gens, par les personnages. On me dit que j'écris de beaux personnages, et j'aime à le croire. Omar Sharif a été primé pour «Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran», Danielle Darrieux a reçu le Molière du théâtre pour «Oscar et la dame rose». La pâte humaine est importante pour créer. J'aime les gens, et c'est pour ça que je travaille l'imaginaire de leur prénom...

– Préférez-vous le milieu du cinéma au milieu de la littérature.

– Je n'aime pas les «milieux» en général, car ils regorgent toujours de préjugés partagés, de codes ou d'idées reçues. Je crois aux individus.

Elsa Duperray

Odette Toulemondeenvoyé par rfmest

D’Eric-Emmanuel Schmitt, avec Catherine Frot, Albert Dupontel

D’Eric-Emmanuel Schmitt, avec Catherine Frot, Albert Dupontel

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