Coronavirus: «On a l'impression d'aller au front sans bouclier»
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Coronavirus«On a l'impression d'aller au front sans bouclier»

Le Conseil fédéral a annoncé que les coiffeurs pourront à nouveau travailler dès lundi. Cependant, à quelques jours de l'ouverture, les directives, notamment sanitaires, restent peu claires.

par
Valentina San Martin
Istock

«J'ai dû aller à la pêche aux infos pour savoir comment m'organiser. Et la seule que j'ai eue, c'était en regardant le téléjournal: je pourrai ouvrir mon salon dès le 27 avril», s'étonne Mahine Tchiakpe, patronne d'un salon de coiffure à Lausanne. En effet, entre les distances sociales à respecter, le port du masque ou encore l'obligation ou non de se désinfecter les mains, les mesures sanitaires pour la sécurité des professionnels et des clients n'ont pas été abordées par le gouvernement, depuis l'annonce de la réouverture des salons de coiffure, la semaine dernière.

Masques, distance sociale: chacun ses propres règles

Livrés à eux-mêmes, les coiffeurs ont dû s'organiser comme ils le pouvaient. David Da Campo, patron d'un salon à Vevey (VD), a décidé de suivre les recommandations de Coiffure Suisse: son espace de travail, qui comprend dix places, sera réduit à la moitié de sa capacité. Et des masques seront mis à disposition des clients, moyennant une majoration de 2 francs pour couvrir l'investissement. «Si on nous les avait fournis gratuitement, jamais je n'aurais fait payer mes clients. Mais, vu la situation, ils seront compréhensifs, je pense.» Le coiffeur avoue toutefois ne pas être certain d'avoir le droit de demander un défraiement pour ces masques. «Mes collègues font pareil», explique-t-il, avant d'ajouter que, en ces temps chahutés, chacun y va de sa propre logique.

Pour Cindy Frade, patronne d'une enseigne à Lausanne, les directives ne vont pas assez loin: «Aujourd'hui, à quelques jours de l'ouverture, nous n'avons aucune mesure établie. On a l'impression d'être envoyés au front, mais sans bouclier.» Elle précise toutefois qu'elle n'a pas attendu les directives de son association ou de Berne pour prendre des mesures: «Dès que j'ai su qu'on pouvait rouvrir, j'ai tout de suite passé commande, histoire de tout avoir à temps.» Masques, visières et gants, la coiffeuse tient à assurer la protection de son personnel et de sa clientèle. Quant au nombre de personnes admises dans le salon, il sera revu à la baisse: «J'ai la chance d'avoir un salon à deux étages. Il y aura donc deux coiffeuses, une en haut et une en bas. Elles s'occuperont d'une cliente à la fois.»

Entre apaisement et crainte

De son côté, la faîtière relève des sentiments mitigés au sein de la branche: «Certains sont contents de pouvoir enfin rouvrir. D'autres ont peur pour leur santé, celle de leurs collaborateurs et celle des clients», note Kelly Languetin, membre de la section vaudoise de Coiffure Suisse et elle-même à la tête d'un salon à Lausanne. De manière générale, la coiffeuse s'étonne du flou dans lequel le secteur est plongé: «On est dans l'attente de directives concrètes de la part de la Confédération.»

Pour l'heure, le comité passe au peigne fin la liste de fournisseurs de masques et de gel désinfectant publiée sur le site de Coiffure Suisse. «On fait le tri parmi toutes ces adresses et on essaie aussi de rassurer les gens, d'être présents et de leur parler. C'est aussi très important», conclut-elle.

Ce sont plus 11'000 salons qui rouvriront lundi sur le territoire suisse.

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