Genève: «On a payé ma perruque, pourquoi pas mes dents?»
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Genève«On a payé ma perruque, pourquoi pas mes dents?»

Une Genevoise atteinte d'un cancer a inspiré un texte multi-partis. Il demande aux caisses maladies d'assumer les frais dentaires induits par des maladies.

par
Lucie Fehlbaum
La chimiothérapie sensibilise les dents, elle peut les jaunir, les faire bouger et dans certains cas graves, abîmer l'os de la mâchoire.

La chimiothérapie sensibilise les dents, elle peut les jaunir, les faire bouger et dans certains cas graves, abîmer l'os de la mâchoire.

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«Je ne ressentais aucune douleur, je ne m'y attendais pas du tout. Quand on m'a annoncé mon cancer des ovaires, c'est comme si on parlait à quelqu'un d'autre.» L'émotion est palpable quand Bernadette raconte son calvaire. Cette Genevoise bien apprêtée et souriante s'est battue contre la maladie de janvier à juillet, quand «par miracle» on lui a annoncé sa rémission. Mais elle a laissé des plumes dans ce combat et en entame désormais un nouveau, plus politique. «Les chimiothérapies ont abîmé mes dents, au même titre que mes cheveux et mes sourcils. L'assurance a payé mes deux perruques, une esthéticienne, mais pas mes traitements dentaires.» Outre des douleurs dans la mâchoire, les dents de Bernadette ont jauni et bougent. «Il y en a pour des milliers de francs!» déplore-t-elle.

Frais «strictement nécessaires»

Elle a ainsi contacté le député UDC Thomas Bläsi, pharmacien de profession, qui a rédigé une résolution signée par tous les partis, à gauche comme à droite (ndlr: à l'exception du MCG qui ne co-signe pas de textes émanant d'autres formations). «En pratique, les caisses se limitent à payer les frais dentaires strictement nécessaires à la poursuite du traitement, alors que la perte ou la dégradation de la dentition s'avère traumatisante pour les malades», dénonce Thomas Bläsi. Son texte veut notamment rendre obligatoire la prise en charge des soins causés par les traitements des maladies graves.

Sujet maîtrisé

Déjà déposé, il sera traité en urgence lors de la prochaine session du Grand Conseil, fin octobre.« Nous voulions éviter la séance de mercredi et les turbulences des élections fédérales de dimanche, par respect pour les patients», indique Thomas Bläsi. S'il est adopté, le texte devra convaincre l'Assemblée fédérale et les lobbies des assureurs. «Nous sommes plutôt bien armés, sourit l'élu UDC. Outre ma connaissance du monde de la santé, la deuxième signataire, Delphine Bachmann (PDC), est infirmière référente au centre du sein. Le troisième, Pierre Conne (PLR), préside la Ligue genevoise contre le cancer.»

«Dignité rendue»

Ensemble à gauche, les Socialistes et les Verts complètent le rang des initiants. Représentante de ces derniers, Alessandra Oriolo voit en ce texte l'occasion de «pallier à une injustice du système. La santé buccale n'est pas esthétique, elle est fondamentale. Elle peut influencer la rémission des patient-e-s. La prise en charge de ces traitements est essentielle pour les Vert-e-s, c'est une question de dignité rendue à des personnes déjà touchées par la maladie.»

L'UDC avait dit non à une assurance dentaire solidaire

En février, la droite a contribué à faire échouer l'initiative qui demandait une assurance obligatoire pour les soins dentaires de base, financée par des cotisations sociales. "Une question de coûts, indique Thomas Bläsi. Il est difficile d'imaginer un remboursement universel tant que le problème des coûts de la santé n'est pas réglé. Mais nous pensions que les traitements imputables à une maladie étaient pris en charge." Pour l'élu UDC, la résolution imposerait aux assurances de payer des soins qu'elle prend théoriquement déjà en charge. "Une portion seulement des malades a des problèmes de dents, le coût est raisonnable pour les caisses. Mais pas pour les patients."

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