Actualisé 03.04.2020 à 20:29

Médecin en France

«On commence à s'habituer à tout ça»

Chaque jour les mêmes pathologies, le même protocole, la même inquiétude des familles. Un médecin-réanimateur français décrit le quotidien de crise à l'hôpital.

AFP/Franck Fife

Praticien dans un hôpital de la région parisienne, en première ligne pour traiter la déferlante de malades du coronavirus, un anesthésiste-réanimateur livre tous les jours pour l'AFP, sous couvert d'anonymat, le résumé de sa journée en pleine crise sanitaire.

«Les journées sont toujours aussi remplies. Il y a toujours beaucoup de malades qui arrivent en réanimation. Mais on a l'impression que les choses commencent à se calmer et qu'on atteint un «rythme de croisière», explique-t-il. Ça ne veut pas dire qu'on sort de la crise, mais peut être que le nombre de patients qui arrivent en réanimation arrête d'augmenter de jour en jour. On a aussi l'impression qu'on commence à s'habituer à tout ça».

Hôpital public à bout de souffle

Une certaine habitude «alors qu'en fait, cela fait moins d'un mois que tout a été chamboulé. Je ne sais pas combien de temps il faudra pour déconstruire tout ça (...) retrouver une activité «normale» à l'hôpital. Se reposer...». Selon lui, l'après-crise fait déjà peur: «Il est probable que beaucoup partiront aussi, faute de réponse suffisante de la part des pouvoirs publics sur les difficultés de l'hôpital public, déjà à bout de souffle ces dernières années».

«On se sent parfois déshumanisés»

«On essaye de rassurer les familles comme on peut. Mais il y a bien évidemment une part d'incertitude dans nos réponses. Les choses sont de plus en plus difficiles à vivre. On se sent parfois déshumanisés. Ce n'est vraiment pas normal pour nous de travailler à huis clos, avec des malades tous atteints de la même pathologie, à se poser quasiment mécaniquement les mêmes questions dix, vingt fois par jour, instaurer les mêmes traitements, donner les mêmes nouvelles au téléphone aux familles...».

Et d'ajouter que «beaucoup de soignants sont dans un état d'hyper-activité continue, jour et nuit, depuis plusieurs semaines. Ça permet de tenir, mais ça fatigue et il faut espérer que ça parte aussi vite que c'est venu dans les mois à venir.»

(AFP)

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