Transport aérien: «On est en juin, et les collègues sont déjà fatigués»

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Transport aérien«On est en juin, et les collègues sont déjà fatigués»

Rythme infernal, salaires qui ne suivent pas, sous-effectif… Les travailleurs du secteur aérien se retrouvent sous pression à l’orée d’un été agité.

À l’aéroport d’El Prat, à Barcelone, des employés de Ryanair protestent contre le bas niveau des salaires.

À l’aéroport d’El Prat, à Barcelone, des employés de Ryanair protestent contre le bas niveau des salaires.

AFP

L’été démarre à peine que les salariés du secteur aérien tirent déjà la langue, comme le démontrent les grèves qui agitent plusieurs compagnies low-cost, ce week-end, en Europe. Au sol ou dans les airs, ils témoignent de la pression qu’ils subissent en raison du retour soudain et mal anticipé des voyageurs.

Hôtesses et stewards

La grève coordonnée du personnel navigant commercial (PNC) de Ryanair dans cinq pays européens a jeté une lumière crue sur la situation explosive qui règne dans les low-cost. «On est en juin, et les collègues sont déjà fatigués», insiste Damien Mourgues, délégué syndical chez Ryanair. «Notre salaire de base est de 854 euros avec des variables de 8,50 euros de l’heure», décrit-il.

En Espagne, chez Easyjet, «nous avons un salaire de base de seulement 950 euros», et «quand on ne vole pas, on gagne 950 euros, c’est tout», déplore Pier Luigi Copellón, steward à Barcelone depuis 14 ans. Chez Ryanair, il était encore interdit, il y a quelques jours, de se servir en eau dans les avions. La direction a fini par lâcher du lest, et «on a le droit à quatre bouteilles de 500 millilitres par personne», explique Damien Mourgues.

Chez Transavia ou Volotea aussi la colère couve, avec des préavis de grève prévus cet été. Chez Brussels Airlines, en grève vendredi, «un membre d’équipage fait entre 50 et 60 heures sur cinq jours en moyenne», assure Claudia de Coster, cheffe de cabine.

Agents de sûreté

C’est l’un des postes qui souffre le plus du sous-effectif avec la reprise du trafic. Les agents chargés du contrôle des bagages et passagers aux points d’inspection-filtrage (PIF) se voient contraints de gérer des flux massifs avec des moyens moindres qu’auparavant. «On se retrouve à être deux ou trois au lieu de cinq par PIF», expose Saïd Abdou, salarié de Securitas à Orly.

«La cadence est tellement rapide. Securitas avait embauché 17 personnes récemment, ils ont fait une journée, et ils ne sont pas revenus. C’était trop dur», raconte-t-il. Huit de ses collègues sont en arrêt pour burn-out, affirme-t-il, car on leur a refusé de poser des congés cet été.

Bagagistes

«Chez les bagagistes, il y a ceux qui mettent les bagages sur le tapis, ceux qui sont accroupis dans la soute pour les entasser, c’est très fatiguant», explique Luc Atlan, secrétaire syndical. Les sociétés de bagagistes, dépendantes de gros donneurs d’ordre comme Air France, ont massivement réduit les effectifs pendant la crise du Covid-19.

La remontée soudaine de la cadence conduit à «travailler sous pression. Et avec le manque de personnel, vous allez vite et vous vous blessez. Il va y avoir un taux d’absentéisme de plus en plus important», prévoit Luc Atlan.

Accompagnateurs

On les connaît peu, mais dans le dispositif censé assurer le fonctionnement fluide d’un aéroport, les personnes chargées d’accompagner les personnes à mobilité réduite ne sont pas moins essentielles, or elles manquent d’effectifs. «On a énormément de retards, énormément de loupés», regrette Ali Khiati, délégué syndical chez Gibag. «Il y a des personnes qui attendent une heure dans l’avion», obligeant l’appareil à rester immobilisé. «Quand on arrive après une heure, on se fait crier dessus par le commandant de bord, par les clients, alors qu’on a eu l’ordre de mission cinq minutes avant. On est des serpillères», s’emporte-t-il.

«Je sens l’été catastrophique», craint-il, affirmant n’avoir jamais vu ça en 18 ans de métier. «Il y a une semaine, 21 personnes dans la même journée ont raté leur avion. Il y en avait 16 qui partaient pour Alger, on les a mises dans un pauvre jardin et il y avait tellement de travail que le régulateur les a oubliées.»

(AFP)

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