Pollution, bruit, climat… - On est loin de payer ce que se déplacer coûte vraiment à la société
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Pollution, bruit, climat…On est loin de payer ce que se déplacer coûte vraiment à la société

Les coûts «cachés» non assumés par les usagers des transports se sont montés à 13,7 milliards de francs en 2018, a calculé la Confédération. Seuls piétons et cyclistes bénéficient à la collectivité.

par
Yannick Weber
Les automobilistes ne paieraient pas assez et les piétons ne récolteraient pas les fruits des bénéfices qu’ils offrent à la collectivité.

Les automobilistes ne paieraient pas assez et les piétons ne récolteraient pas les fruits des bénéfices qu’ils offrent à la collectivité.

20min/Gianni Walther

Si on payait vraiment ce que se déplacer coûte à la société… on se déplacerait beaucoup moins. C’est une nouvelle fois la conclusion de l’Office fédéral du développement territorial (ARE), qui calcule chaque année les coûts externes induits par les transports au sens large.

Les générations futures vont casquer

En clair: quand un Suisse se déplace en voiture, il paie l’essence, des taxes et des impôts; un abonnement s’il prend le train; un billet si l’avion. Mais ces tarifs n’intègrent pas les dégâts à l’environnement, les coûts induits par les accidents, les impacts du bruit et de la pollution sur la santé des riverains, et autres conséquences délétères. Ces coûts «sont assumés par des tiers, par la collectivité voire par les générations futures», estime l’ARE.

Pour l’année 2018, ces coûts externes sont estimés à 13,7 milliards de francs (+2% par rapport à 2017), dont la majorité (9,7 milliards) est issue de la voiture individuelle.

Vélos et piétons: les sauveurs

La tendance ne fait que se renforcer: les trois plus grosses sources de coûts externes (pollution de l'air, bruit et coûts climatiques) ont augmenté encore plus fort que la moyenne. «Vu que nous ne supportons pas ces coûts nous-mêmes, nous voyageons plus souvent et plus loin que si nous devions en payer l'intégralité du prix», dit l’ARE.

En revanche, les modes de transports que sont le vélo et surtout la marche à pied ont un ratio positif: la société en retire plus de bénéfices que ce qu’ils coûtent ou rapportent à leurs adeptes. «Les bénéfices externes de la mobilité douce, comme les coûts évités pour le système de santé et pour les entreprises grâce à l'exercice physique, s’établissent à 1,4 milliard de francs», calcule la Confédération.

Pollueur-payeur, et pourquoi pas bienfaiteur-receveur?

Le système «pollueur-payeur», au sens large, n’est donc pas encore au top en Suisse. «Dans une économie nationale, l’utilisation des ressources est optimale lorsque les coûts et bénéfices externes sont internalisés, c’est-à-dire lorsqu’ils sont imputés à ceux qui les génèrent ou à qui ils profitent» dit Berne. Les instruments qui tendent à faire payer les émetteurs de coûts (redevance sur les poids lourds, obligation de compensation des émissions de CO₂, taxe d’atterrissage liée au bruit dans les aéroports) ne suffisent pas. Alors est-ce qu’à l’inverse, on devrait aussi inciter ceux qui induisent des bénéfices? «Si les piétons (bénéfices externes de 484 millions) étaient dédommagés, cela inciterait à davantage utiliser la marche à pied et amènerait ce mode de déplacement à un niveau économiquement optimal», lit-on dans le rapport.

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