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Sous-locationOn lui saccage son appart', il doit tout payer

Physiothérapeute respecté à Lausanne, Abdelkader Siaci est au bord du gouffre. En cause: un montant astronomique à payer pour réparer des dégats commis chez lui par un couple en crise.

par
Raphaël Pomey

«Je suis sévèrement malvoyant et je devrais être à l'AI, mais je m'y suis toujours refusé. Alors que je travaille entre 70 et 80 heures par semaine, je me retrouve à devoir payer des milliers de francs pour dégâts commis chez moi par une personne au social!»

Un coup de main qui tourne très mal

Abdelkader Siaci pourrait difficilement être plus amer. Physiothérapeute sur les hauts de Lausanne, ce papa d'une jeune fille fait face à une avalanche de factures en tout genre depuis quelques semaines. En cause, sa décision de sous-louer un appartement qu'il n'occupait plus, l'an dernier, à une maman placée dans un foyer et séparée de ses enfants. «Je n'avais pas besoin d'un tel espace. Vu le temps que je consacre à mon boulot, j'ai juste besoin d'un dortoir donc j'habite un studio.»

Désireux de venir en aide à la maman, il établit en février 2010 un contrat avec elle lui permettant d'occuper son trois pièces avec ses enfants. Dans celui, nulle question de caution à verser, et un arrangement concernant le rachat progressifs de meubles à hauteur de 500.- par mois.

Cris d'enfants et bruits de violence

Hélas pour le physiothérapeute, la situation tourne rapidement au vinaigre, notamment après l'installation imprévue du mari de la sous-locataire dans le trois-pièces. Tapage nocturne, bruits de violences, de meubles cassés, pleurs d'enfants... les interventions de police se succèdent. A tel point qu'en juin, la gérance -mise entre temps au courant de l'existence d'une sous-location- ordonne l'expulsion de son locataire, Abdelkader Siaci. Bien que la gérance soit consciente que le physiothérapeute a agi par bonté de cœur, elle le tient pour responsable.

Après des mois de bataille, la sous-locataire quitte finalement les lieux en janvier.

Un appartement dévasté

Trace de café au plafond, tiroirs défoncés, rouge à lèvre contre les murs et saleté indescriptible, Abdelkader Siaci retrouve un appartement dévasté. «Il y avait même des préservatifs usagés par terre», s'indigne le physiothérapeute. En plus de mois de loyer non-payés à rembourser, il découvre la nécessité pour lui de payer des travaux de nettoyage et de réparation demandant des milliers de francs (plus de 20'000, selon lui).

«Ma cliente ne peut pas payer!»

Avocate de la sous-locataire, Marie-Pomme Moinat est consciente du drame que vit Abdelkader Siaci: «Je défends madame B. dans une procédure de Mesures protectrices de l'union conjugale», précise-t-elle néanmoins. Bien au courant de l'affaire de la sous-location, elle commente: «Que peut faire ma cliente concernant les dégâts occasionnés dans l'appartement qu'elle a occupé l'an dernier ? Elle ne va évidemment rien payer : elle est au RI (ndlr: Revenu d'Insertion) et se bat déjà pour nourrir ses enfants. Par ailleurs, les dommages semblent avant tout liés à la présence de son mari, une personne visiblement très manipulatrice. La situation est terrible pour monsieur Siaci, mais elle l'est aussi pour ma cliente.»

Dans la peau d'un bailleur «sans en avoir les épaules»

Elle estime néanmoins que Abdelkader Siaci a commis plusieurs erreurs dans son contrat de sous-location en ne demandant pas une importante caution, en n'avertissant pas immédiatement sa gérance et, enfin, en liant la sous-location de son chez lui au rachat de meubles. «Il s'est mis dans la situation d'un bailleur, sans réellement avoir les épaules et les connaissances lui permettant d'assumer un tel rôle.» Compte tenu de ces données et de l'absence «probable» de RC chez sa cliente, elle juge que les démarches du locataire pour ne pas payer tous les dégâts commis chez lui malheureusement condamnées à échouer.

Quant à sa gérance, elle déplore aussi sa situation, estimant regrettable de ne pas pouvoir refuser certaines sous-locations. «Monsieur Siaci a eu trop bon cœur et s'est retrouvé piégés par des gens peu scrupuleux. Il a été trop généreux.»

Directeur adjoint de la Chambre Vaudoise Immobilière, Jacques Ansermet voit dans le drame qui frappe le physio une illustration des risques liés aux sous-locations effectuées «sans grand formalisme». Celles-ci mènent souvent des personnes sans problèmes à se retrouver entre le marteau (leur gérance) et l'enclume (les sous-locataires): «Nous renseignons volontiers les gens pour éviter ce genre d'affaire.»

Abdelkader Siaci, pour sa part, continue de multiplier les démarches juridiques, mais l'espoir de se sortir de sa situation semble maigre. Il se dit au bord du suicide.

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