Actualisé 07.05.2014 à 22:16

Lausanne«On m'a refoulée à cause de Vladimir Poutine»

Une enseignante russe a vu sa candidature pour un job rejetée à cause du contexte tendu en Ukraine. Les explications de l'employeur et d'un avocat.

par
Francesco Brienza

En quatre ans de recherche d'emploi, Svetlana* a essuyé quantité de refus. Mais celui du week-end dernier lui laisse un goût particulièrement amer. Samedi, l'enseignante a reçu un e-mail étonnant, signé du directeur d'une école privée lausannoise. Extraits: «Nous vous remercions de votre confiance, (...) mais notre philosophie ne nous permet pas d'embaucher des professeurs d'un pays qui provoque et attise une guerre civile et dont le président ment et ne respecte pas le droit. (...) En vous souhaitant bonne chance.»

Choquée, Svetlana en a parlé autour d'elle et les réactions n'ont pas tardé à fuser. «Tout le monde trouve cela absurde et intolérable, explique-t-elle. D'autant plus que le site de l'école est disponible en russe!» Mais la Moscovite installée à Neuchâtel ne portera pas plainte et préfère tourner la page. «Il y a déjà eu un mini-buzz sur le Net, et je ne cherche pas d'argent.»

Une position assumée

Contacté lundi, le directeur de l'établissement assume totalement sa position. «Nous avons décidé d'introduire une sanction contre la Russie car la Suisse officielle ne fait presque rien, explique-t-il calmement, en précisant que plusieurs nationalités sont représentées dans son entreprise. Ce n'est pas du racisme. Nous protestons ainsi contre les violations des droits de l'homme. C'est la seule manière que nous avons trouvée.»

Quitte à friser la discrimination (lire encadré)? «C'est dans la nature des sanctions qu'elles touchent aussi les innocents», conclut-il.

L'avis d'un avocat spécialisé

D’un point de vue juridique, le cas n’est pas facile à analyser. Avocat spécialisé en droit du travail, Me Rémy Wyler rappelle que le droit de ne pas contracter est une liberté, mais qu'il ne doit pas constituer une atteinte à la personnalité du candidat. «Ici, le cas est limite, note-t-il. Hors du cadre de l’espace de l’accord sur la libre-circulation des personnes conclu avec l’Union européenne, la nationalité n’est pas un facteur en soi attentatoire à la personnalité, contrairement à la couleur de peau, le sexe ou la religion. Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler ici d’une atteinte illicite.»

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