Actualisé 09.10.2017 à 18:46

Berne«On m'a refusé le job parce que je suis enceinte»

Une femme prétend ne pas avoir obtenu un poste dans une entreprise de commerce de détail parce qu'elle attend un enfant. La firme, elle, assure respecter les dispositions légales.

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Simon Ulrich/ofu
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Melanie assure ne pas avoir été retenue pour un poste parce qu'elle attend un enfant.

Melanie assure ne pas avoir été retenue pour un poste parce qu'elle attend un enfant.

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D'un point de vue légal, il est interdit de demander lors d'une postulation si la personne cherchant du travail est enceinte.

D'un point de vue légal, il est interdit de demander lors d'une postulation si la personne cherchant du travail est enceinte.

Keystone/Christof Schuerpf
La postulante n'est donc pas obliée de répondre à une telle question et elle n'est pas non plus obligée de dire la vérité.

La postulante n'est donc pas obliée de répondre à une telle question et elle n'est pas non plus obligée de dire la vérité.

Onoky - Eric Audras

Melanie était au 3e mois de grossesse lorsqu'elle a été invitée à effectuer une journée d'essai au sein d'une entreprise de commerce de détail située à Lyss (BE). Tout s'est passé comme sur des roulettes jusqu'au moment où la gérante de la filiale lui a demandé si elle était enceinte. «J'ai répondu que non, puisque ma doctoresse m'avait conseillé de ne pas dévoiler ma grossesse durant les douze premières semaines. Elle m'a dit que les risques de perdre l'enfant étaient les plus élevés durant cette période», explique lundi la jeune femme de 28 ans à «20 Minuten».

Mais voyant que Melanie était mal à l'aise, la gérante a insisté jusqu'à ce que la jeune femme avoue. «Je lui ai assuré que je pouvais travailler jusqu'à la naissance de mon enfant et que je reprendrai mon job directement après mon congé maternité», raconte la Bernoise. Son discours n'a servi à rien, puisque le job lui a finalement été refusé. «La gérante m'a fait comprendre sans équivoque qu'on ne pouvait pas m'engager en raison de ma grossesse.»

«L'employeur doit accepter un non comme réponse»

«Je ne comprends pas pourquoi on exclut une personne diplômée et prête à travailler pour ça, regrette Melanie. Même si la direction s'est excusée par téléphone auprès de moi pour le comportement de sa gérante, ça ne m'aidera pas à payer mes factures!»

Contacté par nos collègues alémaniques, Martin Farner, expert en droit du travail, explique: «D'un point de vue légal, il est interdit de demander lors d'une postulation si la personne cherchant du travail est enceinte. Cela viole l'interdiction de discrimination, ancrée dans la loi sur l'égalité. La postulante n'est donc pas obligée de répondre à une telle question ni de dire la vérité. L'employeur doit accepter un non comme réponse.»

Melanie a désormais la possibilité de porter plainte contre la firme afin de demander un dédommagement. «Pour cela, elle doit pouvoir prouver qu'on lui a demandé si elle était enceinte et que sa réponse honnête est la raison pour laquelle elle n'a pas été retenue», précise l'expert. Selon la décision du tribunal, elle pourrait toucher jusqu'à trois mois de salaire en guise de dédommagement.

«Mentir peut peser sur le futur climat de travail»

Contactée, l'entreprise ne souhaite pas s'exprimer sur l'affaire en question. «Nous ne commentons pas publiquement nos décisions concernant notre personnel. Mais nous respectons à tout moment les dispositions légales.» La firme note ainsi que, de manière générale, la question sur une éventuelle grossesse en cours n'est pas posée.

Même si la loi suisse permet de mentir sur une grossesse, le portail d'informations pour les futurs et jeunes parents, Lets Family, déconseille de le faire. «Mentir au début d'un engagement peut peser sur le futur climat de travail», estime le gérant André Bühler, qui préconise l'honnêteté.

On ignore si Melanie portera plainte contre la firme bernoise.

Quand les femmes enceintes peuvent être refusées

Un employeur ne viole pas systématiquement la loi sur l'égalité lorsqu'il refuse d'engager une femme parce qu'elle est enceinte. D'un point de vue légal, un refus est légal si l'apparence physique est un aspect primordial pour le poste. «Une personne qui recrute un mannequin pour un défilé de mode peut ainsi refuser une femme enceinte», explique l'expert en droit du travail, Martin Farner. Et lorsque le poste implique des travaux dangereux ou difficiles, l'employeur est même tenu de refuser les femmes enceintes s'il ne veut pas violer l'ordonnance fédérale sur la protection de la maternité, note de son côté André Bühler, de Lets Family.

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