SwissSkills 2020: «On m’a déjà refusé une place de travail car j’étais une fille»
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SwissSkills 2020«On m’a déjà refusé une place de travail car j’étais une fille»

Des centaines de jeunes s’affrontent en septembre et en octobre à travers la Suisse, dans des championnats de diverses professions artisanales. «20 minutes» a suivi une apprentie vaudoise de 18 ans dans l’épreuve des maréchaux-ferrants à Aarberg (BE).

par
Frédéric Nejad Toulami

Découvrez le reportage vidéo de l’épreuve et l’interview d’Anouk.

20 minutes

Deux tresses, des boucles d’oreilles et du vernis à ongles pour la touche féminine. Quant au reste, Anouk Millasson a fait jeu égal avec les autres compétiteurs masculins samedi lors des épreuves éprouvantes de maréchal-ferrant.

Sous le regard de son maître d’apprentissage, le Fribourgeois Cyril Magne, la Vaudoise de 18 ans avait d’abord 55 minutes pour forger deux fers à cheval d’un bout rectiligne d’acier et l’autre d’aluminium. Face au foyer incandescent de l’immense soufflerie du Centre de formation d’Aarberg (BE), elle tape, mesure, perce, lime plongée avec une grande concentration dans un travail de précision, afin de réussir la courbe, la largeur, le biseau, la rainure…

Travail de précision sur mesure

«Anouk a postulé chez moi quand elle avait 15 ans, se remémore Cyril Magne, alors que je n’avais pas répondu à son CV envoyé. Elle a d’abord fait des stages, puis je l’ai engagée comme apprentie, car elle était très motivée et efficace.»

Sur la quinzaine de candidats de toute la Suisse en lice en 2020 comme maréchal-ferrant, elles ne sont que deux filles. Dans l’après-midi, la deuxième épreuve consiste à de nouveau forger une paire de fers puis en poser un sur mesure avec les clous sur un sabot de cheval.

«J’étais motivée à participer à ce championnat, car je suis tout autant capable qu’un autre tout en étant une fille, sourit Anouk, durant sa pause. Et ce n’est pas parce que la société dit qu’il ne faut pas faire ça que je ne vais pas le faire.» Parmi les nombreux aspects à maîtriser durant l’épreuve? «Gérer son stress, la chaleur ainsi que celle du feu pour ne pas brûler ou faire fondre les pièces», précise-t-elle.

Être motivée et se considérer égale aux autres

Anouk dévoile aussi avoir peiné à trouver une place d’apprentissage: «Il n’y en a pas beaucoup, et une fois on m’a même refusé une place parce que j’étais une fille.» Elle constate que la profession accueille désormais davantage de femmes et elle conseille d’être motivée et se considérer égale aux autres.

Une profession qui ne connaît pas la crise

On compte environ 400 maréchaux-ferrants en Suisse, dont environ 100 dans le canton de Vaud, selon Daniel Gebhard, enseignant et patron d’une PME. Et une trentaine à Fribourg d’après Cyril Magne, pour qui sa profession ne connaît pas la crise et la relève est assurée. «Le printemps et l’été représentent la haute saison pour nous, explique-t-il. Mais avec la pandémie et les conseils de confinement, beaucoup de gens ont eu plus de temps libre à consacrer à des activités en lien avec la nature. Faire du cheval semble à la mode et nous procure beaucoup de travail.»

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