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Arrestation de Roman Polanski«On n'a pas suffisamment mesuré l'impact de cette arrestation»

L'interpellation du cinéaste franco-polonais provoque l'indignation de Paris et Varsovie. Une affaire médiatique et juridique qui pourrait écorner l'image de la Suisse à l'étranger.

par
Thomas Piffaretti

«Chacun gère sa communication de son côté», analyse Pedro Simko. Le président de l'agence de publicité Saatchi & Saatchi Suisse, spécialiste de la communication, estime que l'arrestation de Roman Polanski met en exergue les limites du système fédéral. Berne a dû faire face, ces dernières semaines, à trois dossiers extrêmement sensibles, à savoir l'affaire UBS aux Etats-Unis, la crise diplomatique avec la Libye et, depuis hier, l'arrestation du réalisateur franco-polonais. Et dans chacun des cas, c'est un Conseiller fédéral différent qui s'est retrouvé aux manettes – à l'exception de la crise libyenne, gérée conjointement par les départements des finances et des affaires étrangères depuis le voyage d'Hans-Rudolf Merz à Tripoli.

Pour Pedro Simko, cette organisation décentralisée peut être source de confusion. Si chaque département agit dans son bon droit, le manque de coordination au niveau de leur communication tend à troubler la population. Selon le spécialiste, les citoyens, aidés par les médias, font l'amalgame entre trois dossiers qui n'ont, à la base, rien en commun. «Il y a un cumul de choses qui se passent. Et les gens commencent à se poser des questions comme: "L'arrestation de Roman Polanski est-elle liée à l'affaire UBS?"». La faute à une communication qui souffre de l'absence d'une vision globale, décrypte-t-il.

C'est toute l'image de la Suisse qui en pâtit

Il manquerait donc une ligne directrice à la communication fédérale. «On a l'impression qu'on ne parle pas assez, qu'il y a un manque de concertation», poursuit l'expert. En outre, Berne aurait fait preuve d'un certain manque d'anticipation dans le dossier Polanski. «On a pas suffisamment mesuré l'impact de l'arrestation du cinéaste sur l'image de la Suisse à l'étranger. On l'a perçue comme une affaire exclusivement judiciaire et légale, et on a pas pensé qu'elle pourrait être interprétée différemment», conclut Pedro Simko.

Une dernière analyse à laquelle semble souscrire le professeur Daniel Warner. «C'est un peu similaire au cas Kadhafi, commente le directeur du Centre pour la gouvernance internationale. Il faut se demander si c'est politiquement correct». Le spécialiste en relations internationales explique que la Suisse respecte la loi à la lettre. «Mais à un moment donné, il faut faire une distinction entre application stricte du droit et interprétation d'un dossier».

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