Actualisé 27.04.2020 à 06:37

Suisse

«On ne peut pas vendre de voyages maintenant!»

Alors que les agences de voyage pourraient rouvrir dès le 11 mai, certains professionnels craignent de ne rien avoir à proposer à leurs clients.

de
Maria Pineiro
Il faudra patrienter avant de se partir sous les tropiques. Istock

Juillet à la plage? A la montagne? Dans un pays voisin, lointain ou à la maison? Alors que le déconfinement se prépare peu à peu, les Suisses recommencent à penser à leurs vacances d'été. «Depuis quelques jours, nous avons des clients qui appellent pour demander des informations», confirme Trinidad Alonso Unica, gérante de l'agence de voyage Vacances et loisirs, à Genève. Cette accélération des demandes à l'approche de l'été a été accentuée par une communication de la Fédération suisse du voyage (FSV) qui annonçait le 17 avril une réouverture des agences «au plus tôt à partir du 11 mai». Walter Kunz, directeur, confirme: «Théoriquement, les agences pourraient rouvrir le 11 mai. Mais à l'heure actuelle, il ne peut pas y avoir de certitudes.»

Ce discours fait bondir Trinidad Alonso Unica. «Ouvrir dans deux semaines n'a aucun sens. Que pouvons nous offrir à nos clients?» s'insurge la voyagiste. Il faut bien constater que l'amateur de dépaysement, quel qu'il soit, est aujourd'hui plongé dans un abîme d'incertitudes. Partir? Soit. Mais quand? Où? Pour y faire quoi? Cette fin avril, les frontières de l'Espace Schengen sont closes, l'entrée dans certains pays est interdite aux non-nationaux ou non-résidents. Et quand bien même il serait possible d'accéder au territoire, les possibilités de passer du bon temps sont quasi nulles: stations de ski fermées, plages interdites en France, services hôteliers et de restauration à l'arrêt, infrastructures inaccessibles.

Aucune garantie pour cet été

Qu'en sera-t-il cet été, quand beaucoup voudront partir en vacances? «Je n'ai pas de boule de cristal, concède Walter Kunz. Les désirs de nos clients devront sans doute s'effacer au profit de ce qui sera possible au moment de leurs voyages.» C'est bien là la difficulté des professionnels des séjours: «On ne peut pas vendre de voyages maintenant, s'exclame Trinidad Alonso Unica. Nous pouvons réserver des vols et des chambres, mais il n'y a aucune garantie que les restrictions et fermetures auront été levées d'ici à juillet ou août. Ce ne serait pas responsable envers nos clients. Ce d'autant plus qu'on ne connaît pas non plus les conditions qui seront appliquées aux touristes, s'ils peuvent voyager: devront-ils se soumettre à des tests, à une quarantaine?» D'autant plus que la loi suisse oblige les agences à rembourser, alors qu'elles-mêmes doivent verser des avances qu'elles ne peuvent pas toujours demander en retour en cas d'annulation.

Et les nouvelles, ou plutôt les rumeurs, ne sont pas forcément de bon augure pour les estivants en quête d'ailleurs. Emmanuel Macron, le président français a laissé sous-entendre que les frontières Schengen pourraient rester closes jusqu'en septembre. Plus près de nous, pour qui rêve de sud et d'eau salée, les perspectives sont à peine plus réjouissantes: France et Italie tablent essentiellement sur le tourisme intérieur pour cet été. L'Espagne a émis l'idée de garder ses frontières fermées, pour éviter l'afflux de touristes, voire même empêcher ses habitants de sortir.

«Mon conseil, c'est de ne rien prévoir pour l'instant pour juillet-août. Il faut rester en contact avec son agence et se renseigner régulièrement sur l'évolution de la situation», conclut Walter Kunz.

L'industrie du tourisme a plaidé sa cause à Berne

La branche du tourisme, durement touchée par la crise du coronavirus, demande au Conseil fédéral d'élaborer un plan concret pour les entreprises du tourisme et de l'hôtellerie. Le gouvernement a pris acte de ces revendications et a rencontré dimanche les représentants de l'Alliance du tourisme.

Le gouvernement a notamment ordonné d'examiner quelles ouvertures sont possibles pour la gastronomie. Si le coronavirus ne se propage plus après le 11 mai, «pas mal» de choses seront possibles en vue de la 3e étape de la sortie de crise prévue dès le 8 juin. Mais le secteur du tourisme doit bien se coordonner, a averti Mme Sommaruga.

Rien jusqu'à mi-mai

Tous les voyages jusqu'au 17 mai ont été annulés par les tours-opérateurs. Selon "Le Matin dimanche", citant Walter Kunz, cela pourrait se prolonger jusqu'à fin mai. Du côté des poids lourds du secteur, Kuoni et Hotelplan indiquent que les clients ne perdront pas d'argent: ils seront remboursés ou bénéficieront de bons. Ils se disent incertains pour cet été. Kuoni espère "qu'au moins une offre partielle de nos visites sera disponible. Nous sensibilisons nos clients aux impondérables de manière transparente". Du côté d'Hotelplan, on affirme travailler déjà sur la période automnale, tout en insistant sur la possibilité de proposer des offres indigènes pour les mois à venir.

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